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Libération
Après cette histoire-là
Article mis en ligne le 3 avril 2020

Il faudra tout réévaluer les salaires de ceux qui servent le plus afin qu’ils ne soient plus ceux qui gagnent le moins, revoir le rôle de l’Etat… et se rappeler que cette catastrophe épidémique est avant tout une catastrophe écologique. (...)

1) Le salaire que l’on perçoit est indépendant de l’utilité sociale de l’activité, voire inversement proportionnel à celle-ci. L’exemple le plus évident est celui du trader (parasitaire et, au mieux, inutile mais, le plus souvent, néfaste) qui roule sur l’or pour spéculer sur la dette des Etats et la destruction de la planète pendant qu’un praticien hospitalier (médecin) touche 3 000 euros net et une infirmière ou un infirmier 1 400 euros net en début de carrière. Mais il y en a d’autres ! (...)

2) Deuxième leçon : toute entité (individu incompétent, pouvoir aux abois, etc.) qui perd pied se réfugie dans la grandiloquence, de préférence belliqueuse. Le pouvoir revêt ainsi les frusques de Clemenceau, demande le silence dans les rangs et « l’union » après avoir semé la désunion comme jamais.(...)

Rappelons que si les stocks de masques sont inexistants pour les soignants, ceux de la police regorgent de grenades lacrymogènes et de balles de LBD.(...)

La seule guerre que pratique ce gouvernement est une guerre de classe. (...)

Ce qui est vrai, c’est que notre médecine hospitalière devient, par manque de moyens, semblable à une médecine de guerre - une médecine du tri entre ceux qui peuvent survivre et ceux qui en sont moins susceptibles. Bravo aux tableaux Excel sur pattes (on appelait ça le « nouveau monde ») qui prônaient un « hôpital de flux » qui fût « géré » par des « bed managers » et qui prétendaient soumettre à une « logique » de « rentabilité » ce qui ne pouvait radicalement pas y être arraisonné.

3) Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Penser et vivre l’après, après la survie. L’après-2008 a ressemblé à l’avant, mais en pire (...)

Il faudra parler sérieusement de souveraineté économique, rappeler que les « nationalisations » ne valent pas qu’en temps de catastrophe, que les hauts revenus doivent payer l’ISF pour nos écoles, nos hôpitaux et nos routes, et que les relocalisations doivent être planifiées et encouragées par l’Etat, pour éviter que 60 % des principes actifs de nos médicaments, par exemple, ne soient produits en Chine ou en Inde.(...)

Il faudra redire que l’Etat ne se réduit pas à la répression des mouvements sociaux qui, il y a quelques semaines encore, demandaient de la justice et des moyens pour ces services publics que les « managers » de « l’entreprise France » détruisaient en fermant des hôpitaux et en forçant des femmes à accoucher sur l’autoroute.(...)

Il faudra enfin marteler que cette catastrophe épidémique est (déjà) une catastrophe écologique, que le Covid est le troisième Sras en vingt ans, qu’il y en aura d’autres, nombreux et violents, si l’on continue à détruire les habitats naturels d’animaux porteurs sains de nombreux virus qui les transmettront aux hommes. Il ne faudra pas oublier que le réchauffement climatique, en faisant fondre le pergélisol, libère des bactéries congelées depuis des millénaires, mais aussi du méthane, qui aggrave le réchauffement, et du mercure qui massacre les poumons. Il faudra rappeler que la pollution de l’air et des eaux tue des dizaines de millions de personnes par an.

Il faudra le dire, car on entend déjà les arguments des start-uppers de la politique : l’heure n’est plus à l’urgence écologique, mais à l’urgence économique, etc. (...)