Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Renversé
Before we die (avant que nous mourions)
#exil #Suisse #camps #frontieres #migrations
Article mis en ligne le 31 janvier 2023
dernière modification le 30 janvier 2023

Le suicide est un processus d’autodestruction

Tout d’abord, il débute à l’intérieur de soi ; la personne se déconnecte d’elle-même, croyant que son existence n’a aucun sens ni aucune valeur. C’est la partie la plus longue et la plus difficile du processus suicidaire, pleine de tentatives pour s’accrocher, de recherches d’espoir et de désespoir.

Ensuite, la destruction a lieu à l’extérieur de soi et la personne rompt finalement le lien entre son corps et le monde. Tout le monde s’intéresse à cette partie du processus, les voix ne se font entendre qu’à ce stade. La loi impose des conséquences non pas sur les destructions internes mais sur les destructions externes, les statistiques des États eux ne prennent en compte que les destructions externes. C’est ce qui mobilise les gens et leurs larmes, mais ce n’est pas ce dont personnes qui n’ont pas pu survire ont besoin. (...)

Même si ce texte est écrit à une époque qui n’a plus de sens pour Alireza, je voudrais attirer l’attention sur un point significatif et expliquer comment, sur les routes migratoires, dans les camps, dans la vie de tous les jours, la destruction interne s’opère progressivement pour nous, migrant.e.x.s, et comment on nous fait croire que notre existence n’a aucun sens ni aucune valeur.

Pour certain.e.x.s d’entre nous, l’histoire commence là où nous sommes né.e.x.s. Alireza est né en Afghanistan, dans un endroit où lors d’une interview dans la rue en Suisse, personne n’a répondu oui à la question « Aimeriez-vous vivre dans ce pays ». Ces conditions que ici personne n’associe à sa propre valeur et où personne ne peut s’imaginer vivre correspondent pourtant à la vie quotidienne d’une personne qui joue, tombe amoureux, rêve, se lamente, cultive des fleurs, mange. Comment pouvons-nous dire que la vie humaine a la même valeur dans ces deux géographies lorsque ce qu’une partie du monde vit durant une journée ordinaire est d’une horreur inimaginable aux yeux de l’autre partie du monde ? Surtout lorsque des sommes énormes d’argent ont été dépensées pour séparer ces deux géographies par des murs, des fusils, des soldats, des mines et des pièges mortels. (...)