“Les réfugiés en renfort ! ” Dans un communiqué publié lundi 30 mars, la préfecture de Seine-et-Marne s’enthousiasme de faire appel aux réfugiés pour pallier l’absence de la main-d’oeuvre saisonnière étrangère. Une population précaire pour en remplacer une autre...
Chaque année, ce sont des milliers d’étrangers qui traversent l’Europe ou la Méditerranée pour venir travailler dans les serres et les champs français. Les prunes d’Agen, des fraises gariguettes, des abricots du Roussillon, des vignes en Champagne, les endives du Nord… Tout le secteur agricole repose sur eux.
En se référant aux chiffres de l’Office Français de l’immigration, 80% de la main d’œuvre salariée en agriculture dans l’Hexagone est d’origine étrangère. Essentiellement marocaines, tunisiennes, polonaises, bulgares et roumaines, ces « petites mains » s’activent, cultivent, ramassent, cueillent, plantent. Pour des salaires bas, des conditions de travail pénibles, des heures sup’ rarement payées. Bref, des droits piétinés. Seulement voilà : crise sanitaire oblige, les frontières se ferment, et il manque plus de 200 000 saisonniers.
Alors il y a quelques jours, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume lance un appel, « un grand appel aux femmes et aux hommes qui aujourd’hui ne travaillent pas, celles et ceux qui sont confinés chez eux », les invitant à « rejoindre la grande armée de l’agriculture française ». (...)
Les plus précaires, ces héros !
En Seine-et-Marne, le Préfet prend le ministre au mot. Puisque guerre il y a, tout est permis. « Les réfugiés en renfort ! » tweete la préfecture lundi 30 mars. Désormais, officiellement, la nation applaudira également à 20h les réfugiés, ces « volontaires » qui rejoignent le club des infirmières, des aides-soignantes, des caissières, des livreurs, des postiers, des égoutiers, des femmes de ménage, des employés du BTP, du personnel des transports publics… Ces personnes essentielles, ces « derniers de cordée » héroïsés en ce temps de crise. (...)
« À tous les réfugiés : nous nous excusons de vous montrer de l’intérêt uniquement lorsque vous représentez une ressource », était-il écrit sur les affiches d’Absent Images, diffusées en Europe en 2016-2017. Une phrase qui a un goût amer aujourd’hui (...)
Les plus fragiles au front pour sauver les plus gros, les plus riches. Ceux qui « créent l’emploi », qui font les marchés, qui prennent des dividendes.
Aux réfugiés, infirmières, livreurs, égoutiers, postiers, caissières… de sauver leur monde. Aux réfugiés de sauver leur modèle agricole, ce modèle industriel mondialisé qui tue les sols, pousse des centaines au suicide, précarise les plus précaires. Mais dans votre guerre tout est permis, n’est-ce pas ?