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Dix ans après la crise, la très lente récupération des villes fantômes d’Espagne
Article mis en ligne le 5 janvier 2019
dernière modification le 3 janvier 2019

Des squelettes de béton hantent encore l’Espagne dix ans après l’éclatement de la bulle immobilière. Malgré la reprise économique, ces milliers d’immeubles construits avant la crise restent vides, des "villes fantômes". Mais certaines ressuscitent lentement.

Des herbes folles ont envahi les centaines d’ossatures d’immeubles, sans fenêtre ni porte, qui se dressent tels des spectres derrière la petite commune de Buniel, près de Burgos, à 250 km au nord de Madrid.

(...) Avant cette crise, "il y avait eu une production exagérée, énorme" de logements en périphérie des centres urbains pour compenser une forte augmentation des prix, quand de plus en plus d’Espagnols investissaient dans l’immobilier et que les prêts hypothécaires étaient plus faciles à obtenir, explique à l’AFP l’analyste José Luis Ruiz Bartolomé.

La corruption a encore alimenté la fièvre bâtisseuse, des élus locaux autorisant la construction sur des terrains où elle était jusque-là interdite. (...)

"Nous devons accepter que nous garderons des villes fantômes" en Espagne, estime aujourd’hui Fernando Encinar, chef des études chez Idealista, car on a construit "dans des zones où personne ne veut vivre".

 "Plus le même isolement" -

Certains quartiers pourtant se ravivent, comme Valdeluz, sorti de terre en 2005 sur la commune de Yebes, près de Guadalajara, à 60 km au nord-est de Madrid.

A l’époque, l’ambition était de construire une ville résidentielle de 30.000 habitants proche de la nouvelle gare Guadalajara-Yebes, sur une ligne à grande vitesse reliant Madrid à la Catalogne.

Almudena Castillo y vit depuis onze ans, dans une résidence sécurisée d’une dizaine d’immeubles avec piscine. Au début, elle avait "huit voisins, grand max". "Je comptais les personnes que je croisais et il y a des jours où je ne croisais personne", se souvient-elle.

Valdeluz accueille désormais 4.000 habitants. Ce réveil progressif a été possible grâce à la revente à petit prix des appartements rachetés par les banques aux constructeurs en faillite.

Surtout, depuis la reprise de la croissance en 2014, la ville située "au bout d’un axe économique très important" entre Madrid et Guadalajara a bénéficié du rayonnement de la capitale, pointe M. Ruiz Bartolomé, l’analyste.

Pour José Miguel Cocera, maire de Yebes-Valdeluz, la clef a été d’investir dans les services afin d’attirer des habitants : un complexe sportif a été achevé l’année dernière, des foires gastronomiques et scientifiques organisées... Une piste cyclable mène à la place centrale où un bar est ouvert. On croise aussi des enfants, cartables sur le dos. L’école primaire qui avait fermé en 2013 a rouvert en 2017, avec 300 élèves inscrits. (...)