Le revenu universel était au cœur de la campagne des primaires. En l’abandonnant, Benoît Hamon abîme la politique et l’idée de la parole donnée.
Ainsi donc, jeudi soir, les yeux dans les yeux, Benoît Hamon nous a tranquillement annoncé que de revenu universel, il n’en était plus vraiment question. Ce serait avec conditions de ressources ou cela ne serait pas. On était bien loin des déclarations tapageuses et provocatrices d’autrefois quand Madame Bettencourt et ses milliards se voyait, elle aussi, attribuer une allocation universelle au même titre que n’importe quel clampin. (...)
Foin donc de cette idée qui, faut-il le rappeler, fut au cœur même de la campagne des primaires. Remise au placard cette proposition qui anima les débats, passionna l’opinion et à n’en pas douter contribua au succès de Benoît Hamon. Oubliée cette volonté de distribuer la même somme à tout jeune de 18 à 25 ans, et ce, quelque fut son niveau de ressources.
Ah ce que la politique peut-être laide lorsqu’elle se pare ainsi des atours de la volte-face et de la traîtrise. Ce qu’elle est désolante quand elle en vient à se compromettre dans des gesticulations électoralistes. Ce qu’elle est mesquine quand elle se dédit de la sorte et prend le contre-pied de ce qu’elle préconisait tantôt.
Dire l’exact contraire de ce qu’on a prôné et martelé pendant des semaines. Se renier avec un aplomb inouï et jouer à la vierge effarouchée si jamais on met le candidat devant ses contradictions pourtant criantes. (...)
À dire vrai, je n’ai jamais adhéré à cette idée de revenu universel —j’en ai parlé ici— je ne voyais ni sa pertinence, ni sa logique, ni sa qualité sociale, mais au moins lui reconnaissais-je une fraîcheur, une audace, une insolence à même de stimuler notre intellect. (...)