Une jeune yazidie, Ashwaq Haji, affirme avoir rencontré en février son bourreau dans un supermarché allemand. Traumatisée, cette Irakienne est retournée dans son pays qu’elle avait pourtant fui après s’être échappée de la maison du jihadiste qui l’avait réduite à l’état d’esclave sexuelle.
Des milliers de femmes de la minorité yazidie d’Irak ont été enlevées, tuées ou utilisées comme esclaves sexuelles par le groupe Etat islamique (EI) quand il s’est emparé d’un tiers du pays à l’été 2014, notamment du foyer historique des Yazidis sur les monts Sinjar (nord-ouest).
Enlevée le 3 août 2014, Ashwaq Haji est parvenue le 22 octobre de la même année à s’enfuir de la maison d’un jihadiste irakien qui se faisait appeler Abou Houmam. (...)
Cet homme l’avait achetée "pour cent dollars",(...)
A Schwäbisch Gmünd, Ashwaq raconte qu’elle suivait des cours d’allemand et voulait trouver un travail.
Mais le 21 février 2018, elle dit avoir aperçu dans un supermarché un homme descendre d’une voiture et l’appeler par son nom avant de s’adresser à elle en allemand.
"Il m’a dit qu’il était Abou Houmam, je lui ai dit que je ne le connaissais pas et il s’est mis à me parler en arabe", affirme à l’AFP la jeune fille vêtue de noir, en signe de deuil pour ses cinq frères et sa soeur portés disparus depuis leur enlèvement par des jihadistes.
"Il m’a dit : ’ne me mens pas, je sais très bien que tu es Ashwaq et que tu vis en Allemagne avec ta mère et ton frère’, il m’a même donné mon adresse et d’autres détails de notre vie" en Allemagne.
Aussitôt, la jeune fille a contacté la police locale.
"Ils m’ont dit que c’était un réfugié comme moi en Allemagne et m’ont donné un numéro à appeler si jamais il s’en prenait à moi", poursuit-elle. (...)
Ashwaq affirme à l’AFP avoir visionné avec la police allemande les images de vidéosurveillance du supermarché où a eu lieu la rencontre, et dit être prête à communiquer ses coordonnées mais qu’elle ne se rendra plus en Allemagne.
De crainte de recroiser son bourreau, elle a quitté l’Allemagne fin mars avec sa mère et son frère pour le nord de l’Irak, où elle dit toujours vivre dans la peur car Abou Houmam a, raconte-t-elle, de la famille à Bagdad.
Depuis le camp de déplacés où il est installé dans le Kurdistan irakien, son père avoue avoir eu du mal à laisser son épouse et ses enfants revenir, après trois années de règne jihadiste, en Irak.
"Quand sa mère m’a dit qu’elle avait vu ce jihadiste (...) je leur ai dit de revenir, l’Allemagne n’étant visiblement plus un lieu sûr pour eux", affirme-t-il à l’AFP.
Mais la vie n’est toujours pas simple pour Ashwaq, comme pour les 3.315 Yazidis qui ont réussi à s’échapper de l’emprise des jihadistes. (...)