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Club de Mediapart/ Etienne Balibar Philosophe, ancien professeur à l’Université de Paris-Ouest (Nanterre)
Affronter l’antisémitisme après Gaza
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #antisemitisme
Article mis en ligne le 30 juin 2026
dernière modification le 26 juin 2026

Deux confusions pèsent sur nos luttes pour la justice après le génocide : l’une instrumentalise l’impératif de liquidation de l’antisémitisme, en identifiant judéité et sionisme. L’autre attribue la responsabilité des crimes perpétrés par Israël à la communauté imaginaire des « Juifs ». Il faut que nos Etats combattent ces confusions mortifères. Mais c’est à nous qu’incombe la responsabilité.

C’est avec plaisir et un peu d’appréhension que j’ai accepté de présenter une communication dans cette conférence. [1] Elle porte sur une question essentielle, qui nous préoccupe tous depuis des années, et prend place dans un moment de très grande tension morale et politique. Ce qui fait toute la difficulté, mais aussi l’urgence d’y confronter une multiplicité de discours et d’engagements, pourvu qu’ils se plient à ce que Jürgen Habermas appelait l’éthique de la discussion et qu’on pourrait résumer ainsi : pas d’interdit, pas d’intentions cachées ni de soupçons de malveillance. C’est dans cet esprit que je suis ici.

A la réflexion, j’ai voulu tirer bénéfice de la nuance syntaxique qui distingue l’anglais (langue du colloque) du français et j’ai intitulé ma communication : Resisting Antisemitism after Gaza : Moral and Political dilemmas. Dans ce titre on entend soit l’idée qu’après Gaza de nouvelles formes d’antisémitisme vont surgir, auxquelles il faut trouver le moyen de résister, soit l’idée qu’après Gaza la résistance à l’antisémitisme va se présenter dans de nouvelles conditions, qui exigent une adaptation de ses stratégies et de son langage. J’ai en tête les deux problèmes et j’essayerai de les examiner ensemble. On voit bien pourquoi : à travers sa reproduction continuelle et ses métamorphoses, l’antisémitisme n’a rien d’une essence immuable. C’est une formation historique relationnelle, qui se configure autrement à mesure que ses porteurs et ses victimes changent de place et de statut, en même temps que le cadre de leur rencontre. Et cette relation est périodiquement affectée par des événements dramatiques, qui font bifurquer le cours de l’histoire. C’est exactement le cas avec l’événement « Gaza ».

Quelle est donc la réalité à laquelle nous avons affaire sous ce nom ? « De quoi Gaza est-il le nom ? », comme dirait un philosophe contemporain. C’est le nom d’une horreur qui a très peu d’équivalents et dont les conséquences s’annoncent désastreuses : un génocide ou une « guerre génocidaire », un « programme génocidaire » dans l’exécution duquel nous sommes tous impliqués au moins indirectement, éventuellement complices par l’intermédiaire de ce que font ou s’abstiennent de faire nos Etats. (...)

je veux placer trois considérations au centre de notre réflexion sur « l’antisémitisme après Gaza ». (...)