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France Inter/La Terre au carré
Alimentation : 10 000 ans d’inégalités de genre en Europe
#archeologie #femmes #nourriture #genre
Article mis en ligne le 25 mai 2026
dernière modification le 20 mai 2026

Une étude publiée en avril 2026 dans la revue scientifique PNAS Nexus révèle, grâce à l’analyse de plus de 12 000 squelettes européens, que les inégalités alimentaires entre hommes et femmes sont aussi vieilles que nos sociétés.

Depuis le Néolithique, les femmes ont systématiquement eu moins accès aux protéines animales que les hommes. (...)

L’originalité de l’approche est d’avoir eu recours à un outil statistique emprunté à l’économie, le ratio interdécile, couramment utilisé par des institutions comme l’OCDE pour mesurer les inégalités de revenus. Appliqué aux données isotopiques, ce ratio ne mesure plus des revenus, mais des accès à la nourriture. Et surtout, parce qu’il s’intéresse aux écarts au sein d’une même population et non aux valeurs absolues, il efface les variations locales qui brouillaient jusqu’ici les comparaisons.

Lire dans les os ce que l’on mangeait (...)

Rozenn Colleter, archéo-anthropologue à l’INRAP et au CNRS, confie avoir été surprise par l’ampleur du phénomène : « Contre toute attente, on s’est rendu compte qu’on avait, de façon significative, quasiment tout le temps les hommes dans les 10 % les plus nourris et à l’opposé les femmes qui étaient les moins nourries. »

Le résultat est d’autant plus frappant qu’il traverse toutes les époques et toutes les cultures étudiées. Plus inattendu encore : les inégalités entre hommes et femmes sont parfois plus fortes dans les sociétés globalement égalitaires, comme au Néolithique ou au début du Moyen Âge, que dans des sociétés très hiérarchisées comme la Rome antique, où c’est davantage le statut social qui structure l’accès à la viande. « Ce n’est pas des besoins physiologiques différents, c’est quelque chose de culturel », souligne Klervia Jaouen. (...)

L’étude vient appuyer les travaux de la chercheuse Priscille Touraille, qui supposait que les différences de stature entre hommes et femmes s’expliquent en partie par une privation systématique en protéines animales.

Publier ces résultats n’a pas été sans difficultés : deux ans de soumissions, des évaluateurs accusant les auteures de « surfer sur un sujet à la mode ». Rozenn Colleter balaie ces critiques : « On a utilisé la méthode scientifique, qui est reproductible. Ce n’est pas du militantisme. » Et si l’étude s’arrête au XIXe siècle, des travaux récents sur les populations actuelles suggèrent que ces inégalités persistent, sous d’autres formes. « Tant qu’on ne l’aura pas nommé, on ne peut pas le changer », conclut Klervia Jaouen.