Après s’être lancé à corps et portefeuilles perdus dans l’intelligence artificielle, des géants comme Amazon, Microsoft ou Uber freinent un grand coup. La technologie commence à coûter trop cher, alors que les gains de productivité ne sont toujours pas au rendez-vous.
Il va peut-être falloir réembaucher. Avec le développement de l’intelligence artificielle, Uber a automatisé à tout va. Prix et assignations des courses, durées estimées, contrôle du comportement du chauffeur, de son trajet, mais aussi développement informatique de nouvelles fonctionnalités de l’application, gestion des remontées des clients comme des conducteurs…
L’IA fait de plus en plus de choses, et cela ne surprendra personne car chez Uber moins il y a de travailleurs – surtout s’ils sont salariés – mieux la direction se porte. Sauf qu’en avril, la multinationale avait déjà brûlé tout son budget IA pour 2026. Anthropic et OpenAI qui proposaient des abonnements au forfait, facturent désormais la consommation réelle, ce qui a fait exploser les notes.
Une période de rationnement relatif a donc débuté chez Uber, chaque développeur se voit limité à 1 500 dollars par mois d’utilisation de Claude Code, l’outil d’Anthropic, réputé le plus performant pour les informaticiens. (...)
Uber n’est pas un cas isolé. Selon une enquête de The Verge, Microsoft a aussi commencé à annuler ses licences Anthropic, jugées trop onéreuses. Ce revirement n’est pas anodin de la part de l’une des entreprises les plus engagées dans l’IA. (...)
Il y a un an, le géant annonçait le licenciement de 9 000 salariés, au prétexte que dorénavant 30 % du code était écrit par des algorithmes. Pour ses développeurs, il s’agissait d’utiliser toujours plus d’IA ou de prendre la porte. Microsoft avait acquis 27 % du capital d’OpenAI, et développé son propre assistant IA : Copilot, que l’entreprise essaie d’imposer partout : dans Windows, dans sa suite bureautique Office…
Cela ne marche pas fort, à tel point que les propres salariés de Microsoft lui préfèrent Claude Code. Sauf que des notes internes citées par The Verge rapportent que l’IA se révèle pour certaines tâches bien plus coûteuse que des développeurs humains.
500 millions de dollars de facture (...)
« Utiliser l’IA pour sortir d’un problème qu’elle a elle-même causé »
Chez Amazon, la fronde vient des salariés eux-mêmes. Un peu comme chez Meta, utiliser de l’IA est devenu un objectif professionnel, un indicateur de performance. Le géant a développé un outil, une IA baptisée Amazon Connections, qui flique l’utilisation quotidienne de l’intelligence artificielle par les salariés. Et gare à qui désobéit : la direction a procédé au début de l’année à 30 000 licenciements. (...)
Les entreprises, en particulier celles aux lourds besoins de code informatique, commencent à payer le vrai coût économique de l’intelligence artificielle. Les salariés eux, en payaient déjà le coût social. Les pertes abyssales des éditeurs de système d’IA génératives ne pouvaient durer éternellement, et maintenant qu’une partie du public professionnel est devenu captif, Anthropic, a tout simplement doublé ses prix d’une version à l’autre pour son IA à destination des informaticiens.
Et ce n’est qu’un début, puisque la phase de construction d’infrastructures destinées à faire tourner les systèmes d’intelligence artificielle commence juste. (...)
Les usines à IA ont besoin de puissance de calcul, de dizaines de milliers de processeurs à minimum 20 000 dollars pièce, qui consomment une quantité astronomique d’énergie et qu’il faut en outre refroidir. Développer la puissance électrique produite et les réseaux de distribution, déjà en forte tension dans de nombreux pays, va aussi représenter un budget conséquent.
Les besoins d’investissements, de l’aveu même des éditeurs de systèmes d’IA, se chiffrent en milliers de milliards de dollars ces 10 prochaines années. Arrivées au bout des levées de fonds privées, ces entreprises préparent leur entrée en bourse (...)
’il va alors falloir être transparents sur les résultats comptables, et rendre des comptes à des actionnaires qui espèrent des retours sur investissements. Les hausses de prix ne font que commencer. (...)