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Reporterre
Julien Le Guet : « Monsieur Darmanin est le plus grand écoterroriste de France »
#megabassines #ecoterrorisme #agricultureIndustrielle
Article mis en ligne le 11 juin 2026
dernière modification le 7 juin 2026

« La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui vont causer notre perte », dit le militant Julien Le Guet dans ce grand entretien. Fer de lance de la lutte contre l’accaparement de l’eau, il subit une répression judiciaire.

Exceptionnellement, il explique ici pourquoi les mégabassines sont nuisibles, comment le système agro-industriel détruit l’agriculture, comment le mouvement s’est relevé après la violence policière de Sainte-Soline et... l’avenir qu’il espère pour le Marais poitevin. « Des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter. »

Reporterre — Pourquoi jugez-vous que les mégabassines sont une mauvaise solution au problème d’eau agricole ?

Julien Le Guet — Pour répondre, il faut revenir en arrière. Le Marais poitevin est la deuxième zone humide de France, aménagée depuis le Moyen Âge autour d’activités pastorales et d’activités maraîchères qui étaient compatibles avec la biodiversité. Depuis la Seconde Guerre mondiale, comme la Bretagne ou la Beauce, les politiques d’aménagement du territoire ont simplifié les paysages, détruisant les haies et les prairies. De ce fait, le Marais poitevin est une zone en péril pour la biodiversité et la gestion de l’eau depuis les années 1970, et depuis que la culture du maïs, cette plante tropicale qui a besoin d’eau en juillet-août quand elle est rare, y a été favorisée. Elle a tout de suite engendré une raréfaction de l’eau.

Dès la fin des années 1990, il a été démontré que l’État français ne respectait pas ses engagements sur la préservation des zones humides et la France a été condamnée par la Cour européenne de justice. On découvrait que ce qui avait généré le déséquilibre était la culture du maïs. Au lieu que l’État réfléchisse à installer une agriculture compatible avec ces enjeux de biodiversité, il a été dans la direction inverse (...)

les nappes phréatiques protègent l’eau du réchauffement et de l’évaporation. Donc, pomper l’eau de la nappe phréatique pour constituer des réserves aériennes dans des bâches noires exposées au soleil, aux pollutions aériennes et à la chaleur, est un non-sens : on perd beaucoup d’eau par évaporation pendant l’été. Et au-delà de la problématique de l’évaporation, le stockage en mégabassines accélère la dégradation de la qualité de l’eau. Le réchauffement favorise le développement de bactéries ou d’algues.

En quoi les mégabassines constituent-elles un accaparement de l’eau ?

L’eau est un commun, qui ne devrait pas être transformé en marchandise. En fait, quand on paye l’eau, on ne paye pas l’eau elle-même, mais sa dépollution et sa distribution. La matière en tant que telle appartient à tous et à toutes. (...)

Êtes-vous hostile par principe aux réserves d’eau ?

Ni par principe au stockage de l’eau, ni par principe à l’irrigation. Pour la simple et bonne raison qu’au sein du collectif, nombre de camarades sont agriculteurs et notamment avec la Confédération paysanne. Au sein du collectif, on est d’accord pour dire que si on partage l’eau équitablement et si cela permet la création d’emplois, si on prend en compte des critères sociaux et environnementaux tels que l’autonomie alimentaire et la relocalisation des productions, on pourrait dans certains cas soutenir certains systèmes de stockage d’eau. Le maraîchage devrait être un usage prioritaire. Ou des éleveurs qui utilisent de la luzerne et pas du soja venu du bout du monde. (...)

Comment expliquez-vous l’imposition d’une politique sur l’eau aussi problématique ?

Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est censé être représentant des agriculteurs de France, mais il est le PDG d’un des gros groupes agro-industriel, Avril. C’est un agro-industriel, certainement pas un petit paysan. Et avant d’être président de la République, Macron travaillait à la banque Rothschild et il a fait la négociation entre Nestlé et le groupe Pfizer [Neslé a acquis en 2012 la branche nutrition de Pfizer pour 8,98 milliards d’euros].

Dans le scandale de l’affaire Nestlé, pourquoi les services de l’État ne montent-ils pas au créneau, alors qu’ils ont connaissance du fait que l’eau est vendue comme une eau minérale alors qu’elle est filtrée et qu’en plus on y trouve des micropolluants ? (...)

Dans le monde que nous souhaitons faire grandir, les zones humides pourraient-elles se reconstituer et grandir à nouveau ?

Oui. La solution est dans le retour à l’herbe. Permettre aux vaches de manger de l’herbe dans les prairies a plein d’intérêts, notamment en termes d’infiltration d’eau et de dépollution de l’eau. Parce que tout végétal participe à un mécanisme qu’on appelle la phytoépuration. Il faudrait aussi refaire le maillage des haies qui permet que l’eau ne parte pas directement à la mer mais s’infiltre et rejoigne la nappe phréatique.

Donc oui, on pourrait soigner, sur un pas de temps de dix ans, le Marais poitevin. Mais son avenir à plus long terme ne dépend plus de l’homme. (...)

Dans la lutte qu’on vit sur les bassines, il y a le pire — la barbarie de cet État, de ces préfets, de ces fachos en carapaces. Et puis il y a toute la beauté de notre mouvement, de ces solidarités très fortes, de la joie, de la culture, de la diversité. On se dit qu’en fait, des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter.


crédit image : Greenbox, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons