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RFI
La sécheresse historique en France pourrait constituer un « point de bascule » pour la biodiversité
#secheresse #coursdEau #biodiversite
Article mis en ligne le 5 août 2026

Juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France, a annoncé Météo France mardi 4 août. Avec un déficit de pluie de près de 70%, c’était aussi l’un des mois les plus secs. Résultat : les petits cours d’eau et les rivières de France sont dans une situation critique. L’office français de la biodiversité (OFB) parle d’une « dégradation exceptionnelle » avec de lourdes conséquences sur les espèces animales et végétales. Pierre-Edouard Guillain, directeur général délégué de l’OFB, répond à RFI.

(...) Pierre-Edouard Guillain : On constate une situation qui s’est très fortement dégradée depuis le mois de juin. À la fin du mois de juillet 2026, on enregistrait 43% de ruptures d’écoulement et d’assecs – c’est-à-dire l’eau ne coule plus dans le cours – sur l’ensemble du réseau que nous suivons. Quelque 1 373 cours d’eau sont touchés par ces ruptures d’écoulement. C’est 554 de plus que le mois précédent, et deux fois plus que l’année dernière. C’est une situation inédite. Elle dépasse la sécheresse de 2022, qui était déjà une sécheresse très importante. Et ce phénomène concerne l’ensemble de la France. (...)

Quelles sont les conséquences sur la biodiversité ?

Toute la faune et la flore qui est inféodée à la présence d’eau disparaît forcément dans ces cas-là. Dans un certain nombre de cours d’eau, nous avons constaté des mortalités de poissons très importantes. Mais ça, ce n’est que la face visible. Il y a tout le reste de la chaîne – les végétaux de fond de cours d’eau, toute la microfaune et la microflore essentielle à la qualité de l’eau – qui est menacée par ces assecs.

Et puis, même s’il y a un faible courant d’eau qui coule, les conditions sont forcément dégradées. Parce que ces eaux sont très chaudes, et les espèces subissent donc un stress thermique. Quand il y a trop peu d’eau, toutes les pollutions se concentrent, ce qui peut créer des effets de turbidité, de concentration de matière organique. Et cela peut provoquer, à l’inverse, des proliférations végétales (...)

Donc tout cela a des conséquences néfastes sur la biodiversité mais aussi sur nous et notre eau potable, puisqu’un tiers de l’eau potable consommé en France vient des eaux de surface. Celle-ci est donc prélevée dans nos rivières et dans nos fleuves. (...)

Quelle est le degré de résilience des espèces végétales et animales dans les ruisseaux et rivières ?

Il y a des ruisseaux qui ont l’habitude d’être à sec régulièrement. On les appelle les « ruisseaux intermittents » et ils ont cette biodiversité adaptée au fait que, régulièrement, il n’y a plus d’eau. Par contre, pour les ruisseaux qui ne sont pas habitués à ce phénomène, la mortalité est forcément importante et le milieu sera éprouvé à la sortie de cet épisode. On sait que les milieux ont une capacité de résilience. Et cette capacité dépend de la bonne qualité initiale d’un cours d’eau (...)

Avec l’évolution à venir des pluies et des températures, on sait qu’un certain nombre de ruisseaux vont changer, qu’on ne retrouvera plus ce que nous avons connu. Ces ruisseaux n’auront plus le même débit, plus les mêmes températures et n’abriteront donc plus les mêmes espèces. Et c’est ça qu’il est aussi très difficile pour nous d’appréhender : à quel moment interviendra ce type de bascule ? Un événement très marquant comme celui-ci, c’est quelques fois le point de bascule qui fait qu’on sera passé dans une autre forme d’écosystème avec des espèces différentes et avec des relations entre les espèces différentes.