Plus de 2 000 personnes, très majoritairement des mineurs, ont été placées en garde à vue depuis lundi 28 septembre en marge du mouvement des lycéens. Plusieurs d’entre eux témoignent de conditions de détention violentes, qui interrogent sur la réponse politique apportée à cette mobilisation.
(...) Le garçon de 15 ans assure que, par la voix de son avocate, il va déposer plainte contre les policiers, « sans trop d’espoir ». Devant le médecin, comme auprès de Mediapart, il raconte des violences et des humiliations répétées. « En salle de fouille, un vieux policier m’a demandé de me déshabiller. J’ai refusé d’enlever mon bas. Il m’a baissé mon pantalon et mon caleçon de force », assure celui qui est ressorti du commissariat sans poursuites pénales.
Lors de son audition, sur les conseils de son avocate, il décide de garder le silence, expliquant seulement qu’il a été « violenté » par des policiers qui lui auraient dit « ton père il ne s’occupe pas bien de toi petite merde », avant de le traiter de « fils de pute ».
La suite, c’est Ethan qui la raconte : « Deux policiers me raccompagnent dans ma cellule. Dedans, l’un m’attrape par le col et me plaque contre le lit en béton. L’autre me met des patates derrière la tête en me disant : “T’es seul maintenant, ton avocate elle est partie petite salope.” » Interrogée sur ces propos, la préfecture de police n’a pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions cet article.
« Un seul repas par jour »
Alors que le mouvement lycéen s’étend partout en France, les chiffres d’interpellations et de gardes à vue communiqués par le ministère de l’intérieur grimpent en flèche jour après jour. Jeudi 1er octobre, 1 800 personnes, dont 90 % de mineur·es, avaient été placées en garde à vue depuis le début de la semaine. Pour la seule journée du 1er octobre, plus de 1 900 personnes ont été interpellées. Des chiffres tout à fait inédits.
« Aux revendications légitimes, [le gouvernement] répond par la violence, les interpellations, les gardes à vue. […] Cette répression est d’une ampleur sans précédent », s’inquiète la CGT qui accuse le gouvernement d’organiser et d’assumer « l’escalade » de violences constatées depuis mercredi 30 septembre et appelle à manifester auprès des lycéen·nes le 6 octobre.
(...) « On est en colère. On proteste parce qu’il y a des rats dans nos classes, où il n’y a pas assez de tables et de chaises, et on nous envoie la police comme ça. C’est ça la liberté de manifester et de protester ? », rage, amer, Mohammed.
En seconde générale au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, il a effectué quarante-huit heures de garde à vue entre le 29 septembre et le 1er octobre. Poursuivi pour dégradation de biens, des faits qu’il conteste intégralement et pour lesquels il est présumé innocent, il sera jugé le 17 février.
« Lorsque j’ai été interpellé, les policiers m’ont tiré par les cheveux puis m’ont embarqué dans la voiture. Dedans, l’un d’entre eux m’a tiré si fort le bras que j’ai cru qu’il allait se casser. Je demandais ce que j’avais fait. La seule réponse que j’ai obtenue : “Ferme ta gueule” », raconte le jeune homme de 16 ans.
Placé pour la première fois de sa vie en garde à vue, il raconte « quarante-huit heures d’enfer ». « On nous a servi un seul repas par jour. On était quatre dans une cellule pour trois qui puait la pisse. Les policiers tapaient sur les barres en métal avec leur matraque pour nous réveiller la nuit. J’ai été traité de “sale petit Arabe” », affirme le lycéen.
Sa mère, qui s’est rendue au commissariat pour essayer de voir son fils, n’a, selon elle, guère reçu un meilleur accueil. « Quand j’ai demandé à voir mon fils, le policier à l’entrée m’a crié dessus, puis m’a dit de partir. J’ai cru qu’il allait me frapper », témoigne-t-elle.
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Aujourd’hui, l’ensemble des lycéens qui ont témoigné auprès de Mediapart se disent « profondément choqués ». « Je suis traumatisé. Tous les soirs, dans mon lit, je revis la scène. Dans la rue, quand je vois une voiture de police, j’ai les jambes qui tremblent. J’essaie de me cacher », souffle Lionel. « C’était traumatisant. Je suis effrayé, terrorisé, je n’ose plus aller au lycée, de peur de recroiser ces policiers », abonde Mohammed.
Surtout, ces lycéens confient ne plus se rendre aux mobilisations depuis leur garde à vue. « C’est la première fois que je me mobilise pour défendre quelque chose qui me paraît juste : bien étudier, dans des conditions convenables. Je ne sais pas si je le referai », conclut Ethan. La mère d’Adam résume : « Pour avoir exercé leur droit à manifester, nos enfants se sont fait casser la gueule. »
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– (Le Monde)
le Monde
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Selon une note de la DRPP concernant uniquement la Seine-Saint-Denis, et consultée par « Le Monde », « l’extrême gauche » aurait joué un rôle dès le début du mouvement. Mais la démonstration faite semble plutôt illustrer une volonté de surfer sur un mouvement lycéen particulièrement éclaté et spontané. (...)