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RFI
Talibans invités à Bruxelles : au-delà du symbole, un tournant dans la politique migratoire européenne
#UE #Taliban #migrants #immigration #expulsions
Article mis en ligne le 15 mai 2026

Près de cinq ans après leur retour au pouvoir, Bruxelles s’apprête à ouvrir ses portes à des représentants talibans. Et ce non pour parler droits humains ou condition des femmes, mais expulsions : la Commission européenne les invite à discuter du renvoi d’exilés afghans vers leur pays d’origine. Un tournant diplomatique plébiscité par de nombreux États membres depuis des mois, mais qui se heurte à plusieurs obstacles juridiques et à la désapprobation des associations.

(...) Une première pour ce pouvoir islamiste revenu à Kaboul en août 2021, que l’Union européenne refuse jusqu’ici de reconnaître officiellement. (...)

Si les Vingt-Sept font tomber leurs tabous diplomatiques à l’égard des talibans, c’est sous la pression croissante de plusieurs États membres qui réclament la reprise des expulsions vers l’Afghanistan, fortement limitées depuis le retour des fondamentalistes religieux au pouvoir.(...)

En octobre 2025, vingt pays européens ont adressé une lettre commune à Bruxelles afin de demander l’ouverture de négociations avec les autorités de Kaboul. (...)

En août 2024, l’Allemagne est alors devenue le premier pays européen à renvoyer des Afghans dans le pays gouverné par les talibans. (...)

Risques de mauvais traitement

Mais ces expulsions peuvent-elles réellement se faire au mépris des garanties de sécurité ? Si le droit européen ne bannit pas les renvois vers l’Afghanistan, les États membres sont cependant tenus par la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit, entre autres, la torture et les traitements inhumains. (...)

En effet, depuis le retour des talibans au pouvoir, les Nations unies alertent régulièrement sur les violations des droits humains commises dans le pays, maintenu sous un joug liberticide et en proie à une grave crise humanitaire. Elles sont largement documentées (...)

Et trier sur le volet les profils des exilés à renvoyer en écartant les Afghanes - considérées par la Cour de justice de l’Union européenne comme un groupe social persécuté dans leur pays -, les militants politiques ou les minorités religieuses ne suffit pas aux yeux du chargé de plaidoyer de Forum réfugiés. (...)

Le dialogue engagé avec les autorités afghanes vise plutôt à faire sauter le verrou pratique des expulsions. Car sans leur coopération – documents consulaires, laissez-passer, vols sécurisés –, les expulsions restent largement théoriques. (...)

Mais au Parlement européen, l’initiative de Bruxelles suscite déjà de vives critiques. (...)

Une dérive « scandaleuse » qui fait abstraction de l’arbitraire taliban, juge à son tour Zaman Sultani, spécialiste de l’Afghanistan pour l’ONG Amnesty International. Impossible pour le chercheur de ne pas penser aux plus de cinq millions d’Afghans rentrés d’Iran et du Pakistan depuis 2023, le plus souvent contre leur gré. « La plupart des expulsés avec qui nous avons échangé sont des activistes des droits humains qui ne peuvent même plus retourner là où ils habitaient ou travailler par crainte d’être reconnus puis torturés ou tués, raconte-t-il. Mais où retourner sinon chez eux ? » En juillet dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme appelait déjà à « une halte immédiate du retour forcé de tous les réfugiés et demandeurs d’asile afghans ».