Sous le métro aérien entre les stations Jaurès et Stalingrad à Paris, près d’un millier de migrants luttent actuellement contre des températures caniculaires. Torses nus pour se rafraîchir ou couverts pour se protéger du soleil, ils passent tous leur temps à chercher des zones d’ombre. Malgré un point d’eau installé et les soins apportés par des associations, le quotidien reste particulièrement difficile. Reportage.
Déshydratation, coup de chaud et malaise
Sur place, des associations mettent en place des maraudes et distribuent des bouteilles d’eau, des gourdes ou de la nourriture mais en quantités limitées. Eve Derriennic, coordinatrice de Médecins du Monde à Paris, organise la file d’attente de la dizaine d’hommes qui patientent devant le camion de son association avant d’être reçus par le médecin sur place.
"Le plus fréquent c’est évidemment le coup de chaud ainsi que la déshydratation", s’inquiète-t-elle. "À cause de la chaleur, ils peuvent aussi avoir des infections qui empirent avec la transpiration et le manque d’hygiène. Certains ont des pathologies, comme de l’asthme, décuplé par la chaleur. Nous avons appelé les pompiers [lundi matin, ndlr] car un migrant a fait un malaise. Il était dans sa tente depuis cinq jours sans boire ni manger. C’était un cas d’extrême urgence." (...)
La coordinatrice de Médecins du Monde insiste sur le caractère inédit de la canicule de cette année : "Elle dure dans le temps. C’est ça qui change. Plus ça dure, plus l’organisme se fatigue. La nuit, les températures ne baissent pas, ça change beaucoup de choses".
Au milieu des tentes, des déchets jonchent le sol et les exilés doivent cohabiter avec les pigeons et les rats. Certains n’ont pas d’autres choix que de rester exposés au soleil, faute de place, et s’allongent à moitié nus sur des matelas. Les plus "chanceux" sont ceux qui peuvent se reposer dans leur tente, fermeture éclair ouverte pour laisser passer un peu d’air, ou ceux qui se réunissent en groupe à l’ombre, assis sur des chaises de fortune, quand ce n’est pas à même le sol. (...)
L’épreuve ne touche pas encore à la fin. La météo annonce encore plusieurs jours de canicule avec des températures dépassant les 40°C. Pour Amar, un Soudanais de 30 ans, dont la tente est installée à moins de 10 mètres du robinet d’eau "la chaleur est en fait le dernier de [ses] soucis". Arrivé en France il y a deux semaines, il attend avec anxiété son entretien pour sa demande d’asile. "J’ai souffert et je souffre encore de bien d’autres choses pour me soucier de la température".