La semaine dernière, 150 migrants ont été repoussés loin de Paris par la police alors qu’ils cherchaient un lieu où dormir près de la porte d’Aubervilliers. Une vidéo montre que les forces de l’ordre ont fait preuve de violence, y compris envers des femmes et des mineurs. (... )
Les associations dénoncent une « chasse à l’homme ». Mardi 22 septembre 2020, alors que des bénévoles de l’association Utopia56 tentaient d’installer pour la nuit une centaine d’exilés au nord de Paris, les forces de l’ordre ont cherché à les repousser en dehors de Paris, allant jusqu’à faire usage de la force.
La scène s’est déroulée au niveau du pont de Stains, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), aux alentours de 23 heures. Un habitant de l’avenue Victor-Hugo, témoin des violences, a filmé ces exactions depuis la fenêtre de son appartement. Les images montrent des migrants violentés et traînés au sol par la police. Elles laissent aussi entendre les hurlements de femmes et d’hommes, accompagnés de pleurs de bébés.
« Nous alertons la mairie de Paris à ce sujet depuis 2019, rappelle Clarisse, une bénévole du collectif Solidarité Migrants Wilson. Nous lui demandons une protection à la fois pour les exilés et les aidants, car c’est de plus en plus tendu et compliqué pour tout le monde. Nous attendons qu’elle se positionne sur ces chasses à l’homme. »
(... )
« Le but est de les éloigner le plus possible de Paris, la police nous l’a dit clairement », note Kerill, coordinateur d’Utopia56 à Paris. Mais pour aller où ? Cette question était sur toutes les lèvres des exilés, plongés ce soir-là dans l’incompréhension et la colère.
(... )
« Nous étions là mardi soir quand la police nous a créé des ennuis, lâche l’adolescent d’une voix à la fois douce et tendue. Un des policiers m’a poussé dans la rue. Quand mon père a voulu me défendre en leur demandant de ne pas me frapper, ils lui ont asséné des coups de matraque. Ils ont aussi poussé ma mère alors qu’elle avait un des bébés dans ses bras. » (... )
Pour Hocine, qui était en train de cuisiner dans son appartement lorsqu’il a entendu des cris dehors, c’est de « la hogra » (injustice ou humiliation en arabe). « Ce type de violences arrivent souvent dans ma rue. Les policiers les frappent, jettent parfois leurs affaires… J’ai décidé de filmer car je savais qu’ils allaient les malmener. »
(... )
Lorsque cet Algérien âgé de 39 ans les aurait interpellés pour tenter de les arrêter, ces derniers lui auraient rétorqué : « Ferme ta gueule. » Il assiste, impuissant, à l’agression d’une jeune femme qui finit par tomber et faire un malaise. « Quand l’ambulance est arrivée, elle a essayé d’expliquer qu’elle avait été violentée par la police, en pointant l’agent du doigt. Elle a été emmenée à l’hôpital. »
Sur d’autres vidéos que Mediapart a pu se procurer, les migrants, usés, implorent l’aide des policiers.
(... )
Un migrant est menotté puis interpellé. Certains agents n’hésitent pas à pousser les exilés, provoquant les hurlements de la foule. Dans ce flot de violence, une policière insiste auprès d’une femme assise par terre, son bébé dans les bras : « Viens ! J’ai pas envie de te faire mal. J’ai pas envie que tu aies mal. »