Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
À Calais, le Brexit ne changera rien au sort des migrants
Article mis en ligne le 12 janvier 2021

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ne devrait pas changer la donne pour les milliers de migrants bloqués à Calais, dans le nord de la France, l’immigration n’ayant pas été évoquée pendant les discussions sur le Brexit. Pis, les contrôles de police devraient même s’intensifier dans la région en vertu de nouveaux accords franco-britanniques. InfoMigrants fait le point.

La frontière anglaise reste-t-elle toujours à Calais ?

Oui. Traverser la Manche sera toujours illégal pour les migrants qui souhaitent rejoindre les côtes anglaises puisque la frontière britannique reste à Calais.

Le tracé de la frontière entre la France et le Royaume-Uni relève des Accords du Touquet, un accord bilatéral entre les deux pays.

Ce traité ne repose pas sur l’appartenance de Londres à l’Union européenne, rappelle François Gemenne, spécialiste des flux migratoires et chercheur à Sciences-Po Paris. Il n’a donc aucun lien avec le Brexit.
Les contrôles à la frontière seront-ils assouplis ?

Non. Au contraire, ils vont se renforcer. (...)

les autorités britanniques se sont engagées à investir 31,4 millions d’euros supplémentaires pour "soutenir les efforts importants de la France contre les traversées irrégulières". (...)

La politique migratoire entre les deux pays est donc de plus en plus restrictive. En juillet 2020, les deux pays avaient créé une "cellule franco-britannique de renseignements" pour lutter contre les passeurs. En 2019, ils avaient déjà signé un plan d’action pour renforcer la surveillance des frontières dans les ports et sur les plages (via des drones, des caméras à vision nocturne, des véhicules…)

"Le sort des migrants devrait rester le même à Calais", résume François Gemmene.

Pour rappel, plus de 9 500 passages ou tentatives de passage de la Manche ont été recensés en 2020, soit quatre fois plus qu’en 2019. (...)

Avant le Brexit, les expulsions de migrants - de l’Angleterre vers la France notamment - avaient cours, principalement pour les personnes arrivées à bord de petites embarcations sur les côtes britanniques. Ces renvois étaient régis sur la base du règlement Dublin, commun à tous les pays de l’UE. Celui-ci considère qu’un seul pays de l’UE peut examiner une demande d’asile. Le migrant était alors renvoyé dans le pays en question.

Maintenant que le Royaume est sorti du règlement Dublin, les renvois devront obéir à une autre règle, mais laquelle ? "Londres va peut-être renvoyer les migrants illégaux dans leur pays d’origine", suppute François Gemmene. "Pour autant, il faut que l’Angleterre ait négocié des accords bilatéraux avec les pays d’origine. Ce qui n’est pas toujours le cas".

Les mineurs non-accompagnés de Calais pourront-ils toujours rejoindre l’Angleterre par voie légale ?

Là aussi, c’est le grand flou. (...)

François Gemenne craint que "faute d’avoir inscrit des conditions claires dans l’accord du Brexit, de plus en plus de jeunes prennent des risques" pour se rendre en Angleterre, en traversant la Manche par exemple.

"La politique est très dure à l’égard des migrants, on peut craindre qu’une série de personnes qui pouvaient auparavant entrer au Royaume-Uni par les voies légales se tournent vers les voies irrégulières".

La question du regroupement familial n’a pas non plus été évoqué durant les accords sur le Brexit.
Le Brexit va-t-il dissuader les migrants de venir à Calais ?

François Gemmene en doute. "L’Angleterre devrait rester une destination attrayante". Malgré le Brexit, "les migrants continueront d’y trouver une communauté prête à les accueillir et une flexibilité du travail au noir".

Même avis du côté de l’association Utopia 56. (...)

De nombreux migrants s’interrogent toutefois sur l’avenir. "Certains nous posent des questions sur l’asile en l’Angleterre, sur les expulsions immédiates, ils ont peur des pushbacks, ils nous demandent si les mineurs pourront passer", énumère Pierre.

Reste que les informer sur leurs droits, sur le Brexit et surtout sur les dangers de la mer, demeure un exercice très compliqué, et souvent vain. "En général, les réseaux [de passeurs] sont passés avant nous et les ont déjà convaincus".