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Slate.fr
À Taïwan, le féminisme se conjugue à l’imparfait
Article mis en ligne le 8 août 2020
dernière modification le 7 août 2020

En Asie comme dans le monde entier, Taïwan est connu pour ses politiques très progressives. Le pays s’appuie sur un système démocratique multipartite considéré comme exemplaire depuis 1996. Tsai Ing-wen, première présidente de l’île, a été réélue pour son deuxième mandat en janvier 2020. Les femmes parlementaires représentent 42% des élu·es, faisant de Taïwan « le pays le plus égalitaire d’Asie ». Une affirmation confirmée par la légalisation du mariage entre les personnes du même sexe en mai 2019. (...)

En matière de droits sociaux, Taïwan semble détenir le titre de champion asiatique. La cofondatrice de l’association MOWES, Maja Ho, nuance l’avancée du pays vis-à-vis de ses voisins concernant l’égalité des genres : « Taïwan fait un super boulot comparé au reste de l’Asie, commence-t-elle. Mais derrière la surface, ce n’est toujours pas beau à voir. »

Un héritage tumultueux

Si, il y a quelques siècles, Taïwan était surnommé « l’île des femmes » pour compter sur son sol de nombreuses sociétés matriarcales, c’est loin d’être toujours le cas. Afin de comprendre le paradoxe taïwanais, il faut regarder du côté de son histoire tumultueuse qui continue d’avoir des récupercussions sa stratégie politique et sociale.
Entre imprégnation des valeurs patriarcales confucianistes, fuite de la Chine continentale, occupation japonaise, loi martiale et une interminable bataille identitaire menée contre la République populaire de Chine (RPC), nombreuses sont les luttes considérées comme secondaires qui ont fini par être éclipsées.
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Ne compter que sur soi-même

Aujourd’hui, moins de vingt pays dans le monde reconnaissent la souveraineté du pays. Entretenir des relations avec Taïwan en tant que démocratie indépendante, c’est faire une croix sur celles que l’on pourrait avoir avec la Chine continentale. De nombreux pays ont vite fait le calcul. Au même titre, les organisations internationales telles que l’ONU ou l’OMS risquent de se retrouver exclues de toute forme de prise de décision politique.
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Manifestations après manifestations, demandes après demandes, des lois visant la parité à l’embauche, l’égalité salariale ou face au divorce, le droit à l’avortement ont été implémentées dès 1985.

Paradoxalement, cet isolement a aussi eu des conséquences néfastes sur les mouvements sociaux, à commencer par les féministes. « Le problème quand on se replie sur soi-même, c’est qu’on s’accroche à ses valeurs traditionnelles. À Taïwan, le confucianisme a fait beaucoup de mal aux droits des femmes », confirme Chen Yi-chien.
L’une des valeurs fondamentales du confucianisme repose sur le concept de Xiao, aussi appelé « dévotion filiale ». Cette notion prône l’harmonie sociétale par le respect de fonctions sociales précises. Le rôle des femmes tourne principalement autour de leurs qualités en tant que filles, mères, épouses et belles-filles, les empêchant de gagner un certaine indépendance.
Pour la professeure, l’absence de mouvement #MeToo à Taïwan est certainement liée à ces valeur
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Les agressions sexuelles sont encore taboues et les femmes sont toujours oppressées par un système patriarcal. (...)

« Même si notre présidente est une femme, commence Maja Ho, elle n’arrive pas à faire changer les mentalités. Elle-même est la cible de critiques sexistes : “Comment est-elle devenue présidente ? – C’est parce qu’elle n’est ni mariée, ni jolie. En plus elle n’a pas d’enfant ! Elle doit être lesbienne ou aimer les chats !” »
Tsai Ing-wen, la présidente taïwanaise, a été la source de nombreux espoirs depuis sa première campagne présidentielle. Mais de nombreuse femmes qui la soutenaient sont tombées de haut. Sous ses deux mandats, les projets de loi se sont fait rares et peu de textes ont été votés.
« Tsai Ing-wen n’a jamais pu et ne peut pas se présenter au pays en tant que féministe. C’est beaucoup trop pour la société, avoue Chen Yi-chien à contrecœur. Si elle le faisait, ce serait considéré comme une déclaration de guerre à tous les hommes du pays. » Son genre n’est pas étranger au fait qu’elle garde le silence, mais la stratégie politique de son parti a aussi son rôle à jouer.

La menace chinoise prime sur l’égalité des genres