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Ainsi parle l’extrême droite…
Edwy Plenel
Article mis en ligne le 1er octobre 2019

Une réunion fasciste à Paris a donc eu antenne ouverte sur les chaînes télévisées d’information ce week-end, déversant sa haine des migrants, des musulmans, des étrangers. Pour que l’on mesure le long chemin d’abaissement parcouru par notre pays, ce souvenir d’une semblable réunion, il y a trente-six ans.

C’était le 16 octobre 1983, dans la grande salle de la Mutualité à Paris, et je travaillais depuis trois ans au Monde. Nous n’étions que deux journalistes présents à cette « Journée d’amitié française » qui rassemblait tous les réseaux d’extrême droite, mobilisés contre l’arrivée récente de la gauche, alors unie (socialistes et communistes gouvernaient ensemble), au pouvoir avec l’élection, en 1981, de François Mitterrand à la présidence de la République.

La publication deux jours plus

tard

de mon reportage, dans l’édition du Monde datée 19 octobre 1983, provoqua une prise de conscience sur le retour en force de l’extrême droite, confirmé dans les urnes l’année suivante, aux élections européennes de 1984 où le Front national (devenu aujourd’hui Rassemblement national), mené par Jean-Marie Le Pen, obtiendra plus de deux millions de voix, faisant score presque égal avec le PCF.

Les discours et propos rapportés par ce reportage montraient qu’elle revenait avec tout son héritage historique, sans rupture aucune : raciste, antisémite, pétainiste, colonialiste, violente, antirépublicaine et antidémocrate, brandissant la régression identitaire contre l’émancipation égalitaire. De l’avoir fait savoir n’aura finalement rien empêché, et c’est pourquoi j’ai tenu à republier ici cet article : parce qu’il témoigne de notre impuissance politique.

Trente-six ans après, l’extrême droite est toujours là, plus puissante que jamais, plus arrogante que jamais, plus radicale que jamais. La seule différence, c’est qu’elle a amoindri l’expression brutale de son antisémitisme pour mieux libérer sa violence contre les migrants, les arabes, les musulmans, les noirs, toutes celles et tous ceux qui, dans notre peuple, témoignent du lien de notre pays au monde. Mais, si les principaux boucs émissaires ont changé, l’idéologie reste la même, celle de la haine de l’humanité.

Il faut donc lire ce compte-rendu d’une réunion alors médiatiquement confidentielle en écho contrasté avec la massive couverture de la prétendue « Convention de la droite » organisée samedi 28 septembre 2019 par Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen. La haine de l’autre s’y est déversée sans retenue, notamment par la voix d’un condamné récidiviste pour provocation à la haine raciale et religieuse, Eric Zemmour, salarié des médias Le Figaro (Dassault) et Paris Première (M6, propriété de RTL Group).

Une haine qui fut complaisamment relayée par les chaînes d’information LCI (Bouygues), BFM (SFR) et CNews (Bolloré). Les discours fascistes qui, avant-hier, choquaient, immédiatement réprouvés et condamnés par les commentateurs et éditorialistes, ont donc aujourd’hui table ouverte, sans distance ni réserve. Et ceci au moment même où, dans une schizophrénie totale, la France officielle pleure Jacques Chirac, réélu en 2002 face à Jean-Marie Le Pen et crédité pour son absence de complaisance envers l’extrême droite. (...)