(...) Je ressens ces jours-ci de plus en plus de colère face aux « Mais que faites-vous des hommes… ? » que me lancent tous ceux qui tentent de changer le sujet chaque fois que j’écris ou que je parle des femmes ou des filles.
Si vous ne savez pas comment fonctionne cette feinte, qualifiée en anglais de « Whataboutery, elle consiste à détourner la discussion d’un problème difficile à l’aide d’une contre-question, façon de faire dérailler la discussion initiale.
(...) en 2013, nous avons fondé cet organisme, dont je demeure la présidente. Cette Fondation n’appuie que des hommes adultes. Nous avons grandi de façon exponentielle, en passant de 10 clients à 150 en un an. Au cours de la deuxième année, j’ai réussi à obtenir plus de 270 000 livres de financement et à financer la rénovation d’un énorme bâtiment abandonné dont nous avons fait le premier centre de santé mentale et de bien-être pour hommes au Royaume-Uni.
Mon mari le gère au quotidien, avec son personnel et des bénévoles. Nous employons actuellement 6 personnes et avons 9 autres bénévoles. Nous assistons chaque année des centaines d’hommes qui bénéficient d’un soutien gratuit et permanent, y compris conseils psychologiques, avantages sociaux, colis alimentaires, soutien au plan du logement, conseils juridiques, services informatiques, musique et orchestre, clubs d’emploi et cours de formation, clubs de fitness, art-thérapie et ainsi de suite. Certains types viennent chez nous tous les jours depuis des années. Notre clientèle a entre 18 et 85 ans et provient tous les horizons que vous pouvez imaginer.
Pourquoi vous dis-je cela ?
Parce que durant ces 5 années, je n’ai JAMAIS reçu la quantité d’hostilité et de « Oui mais que faites-vous de… » que l’on me sert sans arrêt pour mon travail et mes recherches auprès des femmes et des filles.
La plupart d’entre vous me connaissez pour mon travail auprès des femmes et des filles et de mon équipée controversée dans le domaine des abus sexuels sur mineurs. Ma thèse de doctorat porte sur le blâme des femmes et des filles dans la société et inclut l’une des plus importantes revues de littérature sur tous les facteurs de la société qui nourrissent ce blâme constant des femmes et des filles (et j’aborde tous les facteurs dont j’ai trouvé des traces, de la pornographie à l’hindouisme).
J’ai fait carrière dans la gestion de centres de viol et, pour le système de justice pénale, dans celle de programmes pour témoins vulnérables et intimidés. C’est là que j’ai acquis mon expérience et mes connaissances en matière de violence sexuelle, d’homicide, de trafic et d’autres crimes graves traités dans l’ensemble de mes tribunaux.
J’ai lancé une étude l’année dernière, pour explorer les différentes formes de blâme des victimes que peuvent subir les femmes et les filles. Plus de 700 personnes ont répondu à mon sondage. Mes autres études récentes ont inclus des interviews de femmes qui ont été blâmées pour des viols et des agressions, des interviews de thérapeutes et des travailleurs sociaux actifs auprès de femmes qui se blâment pour avoir été molestées ou attaquées, et une étude complexe dans laquelle j’ai créé et validé une nouvelle mesure psychométrique du blâme des victimes de sexe féminin.
Honnêtement, je ne peux pas vous exprimer la quantité de commentaires « Mais que faites-vous de… » auxquels j’ai constamment droit…
En voici quelques exemples concrets(...)
Je ne peux pas vous parler des centaines de messages ou de tweets que nous recevons pour nous demander « Que faites-vous des femmes ? » … parce que cela ne s’est jamais produit.
Je n’ai aucune anecdote au sujet de l’époque où nous avons reçu une tonne de messages agressifs lorsque nous avons mené des recherches auprès du grand public sur la stigmatisation des problèmes masculins de santé mentale… parce que cela ne s’est jamais produit.(...)
mais la minuscule page Facebook où je parle des femmes, qui ne compte que quelques centaines d’abonnés, me vaut entre 10-20 messages et commentaires agressifs par semaine, qui sont presque exclusivement des commentaires sur mon souci des femmes et des filles : on me traite habituellement de « grosse conne féministe laide » ou d’autres insultes éloquentes de cet ordre.
Tout cela m’a récemment amenée à réfléchir.
Pourquoi est-ce que personne ne m’agresse quand je parle et écris sur les besoins des hommes et des garçons ? Pourquoi suis-je applaudie, au contraire ?(...)
Et pourquoi se met-on à hurler pour me faire taire dès que j’ose afficher le moindre tweet sur la violence infligée aux femmes ou sur les statistiques de viols ou de meurtres de femmes par leurs conjoints ?
Pourquoi est-ce que je reçois des centaines de messages et de tweets chaque semaine pour me demander : « Mais que faites-vous des hommes ? »
Et en fait, ce n’est pas sorcier. C’est inconfortable à entendre, mais c’est la réalité :
Les femmes sont socialisées dans leurs rôles de genre (les rôles de genre sont des caractéristiques stéréotypées nuisibles, étroites, qui sont assignées aux hommes et aux femmes pour les conformer à une norme sociale). On leur enseigne à ne pas avoir une miette du sentiment de bon droit dont disposent les hommes(...)
On pourrait en faire un nouveau proverbe déprimant : « Il n’y a que trois choses dont vous pouvez être certaine dans la vie : les impôts, la mort et quelqu’un pour crier ‘Et les hommes alors ?’ chaque fois que vous parlez des problèmes des femmes. »
Le cliché « Mais que faites-vous de… » reflète une stratégie misogyne. C’est une technique de diversion, arrogante, utilisée pour disqualifier toute campagne, vidéo, recherche, intervention, organisation ou communication ; son message est « Je me fous des femmes ; parlez des hommes ! »
Car, pour moi, les faits parlent d’eux-mêmes. Parce que quand je fais toutes ces choses en mettant l’accent sur les garçons et les hommes, on me traite en héros. Mais quand je fais toutes ces choses en mettant l’accent sur les filles et les femmes, je deviens une « grosse conne féministe laide ».
Donc j’ai besoin d’expliquer autre chose. Ce n’est pas une question d’égalité. Le truc du « Mais que faites-vous de… » n’a rien à voir avec l’égalité. Il ne s’agit pas de nous rappeler que les hommes souffrent aussi. Les problèmes sociaux ne sont pas nécessairement égaux.
Quand j’écris un tweet sur le fait que des femmes sont assassinées ou violées, je n’ai pas oublié les hommes. Je n’ai pas oublié qu’ils pourraient être assassinés ou violés. Je ne les ai pas accidentellement échappés de mon tweet. J’ai simplement CHOISI de parler des expériences des femmes. Il n’est ni utile, ni intelligent, ni une façon de promouvoir « l’égalité » que d’écrire à une chercheuse spécialisée dans les études sur les femmes pour l’admonester en trois paragraphes sur ce pourquoi elle devrait se concentrer sur les hommes.
Il n’est pas utile de lui adresser « un doux rappel que les hommes peuvent aussi se faire violer, vous savez ».
Si vous lisez ceci et que vous savez que vous l’avez fait à quelqu’un, veuillez y réfléchir à deux fois avant de recommencer. Ce n’est pas utile. C’est une tactique de diversion.
Nous n’avons pas besoin de placer les hommes au centre de toutes les conversations que nous avons. Les femmes et les filles sont des entités valides, indépendantes des hommes.
Nous devons arriver à un point où nous pouvons parler des problèmes des femmes et obtenir le même niveau de respect lorsque nous parlons des problèmes des hommes.
D’ici là, vos « Mais que faites-vous de… » ne sont pas les bienvenus.