Et si le big bang territorial qu’on nous annonce cachait une envie de recentralisation au sein même d’un PS aux abois ? Un parti au pouvoir qui, sur une question aussi importante que la carte administrative de la France, ne craint pas de se dédire, en l’espace de quelques mois de façon spectaculaire.
Un président qui, n’étant plus à une contradiction près, après avoir défendu le département à l’heure des vœux en... Corrèze, le jette aux orties sans ménagement d’une formule assassine : « a vécu. ». Un exécutif qui ne craint pas d’être plus extrême dans ses soudaines propositions que celui qui l’a précédé. Et qui pourtant, alors, n’avait pas de mots pour combattre la réforme territoriale, façon Sarkozy...
Il ne s’agit pas, ici, de céder face à ces embardées, à un conservatisme de bon aloi. Tout est bien : on ne touche à rien. Notre pays, en effet, a besoin de réformes et, celle-là, est doublement importante parce qu’elle doit être l’occasion de donner plus de souffle à notre démocratie, de rendre plus accessible au citoyen la compréhension des décisions qui concernent sa vie quotidienne, de faire des économies partout où cela peut être fait, en coordonnant certaines missions des collectivités locales et territoriales, en mutualisant des services, en dédiant des compétences précises à chacune d’entre elles...
Pour autant cela ne peut être décrété au terme d’un mouvement de menton qui fait peu de cas de la situation sur le terrain. A la base.
Or, c’est précisément ce que l’on voit venir. A nos yeux, pour trois raisons au moins. (...)
Cependant, la nouvelle donne qui s’annonce pourrait être beaucoup moins favorable au pouvoir. D’abord parce que pour supprimer le département, pièce maîtresse historique de l’organisation de notre pays, il est inévitable de réformer la constitution. Et donc d’obtenir une majorité des 3/5 au Congrès, réuni pour la circonstance. Ce n’est pas gagné et la voie du référendum réclamé par l’opposition est plus que dangereuse pour lui.
Ensuite parce que la suppression des départements et son corollaire, la montée en puissance des inter-communalités, ouvre la perspective d’un chantier considérable, à la fois technique, financier et social.
(...)
Quant aux régions, sommées d’avoir à s’entendre, sinon de se voir imposer chacune son ou ses partenaires, elles ont raison d’être circonspectes.
Le pire serait que ces réformes, acceptables pour beaucoup d’élus de terrain, se fassent dans la précipitation et n’aboutissent qu’à une sorte de malstrom territorial aux conséquences catastrophiques pour le fragile équilibre de notre démocratie.