Pris pour cible, le ministre de l’Intérieur suscite des doutes dans la majorité mais reste soutenu par l’exécutif.
Il y a des images qui parlent d’elles-mêmes. Mardi après-midi, puis mercredi matin, Édouard Philippe et Christophe Castaner se sont ostensiblement affichés côte à côte. Dans la cour de Matignon, d’abord, pour faire un point sur le rapport de l’IGPN après la mort de Steve Maia Caniço. En Essonne, ensuite, pour improviser une visite surprise au commissariat des Ulis avant d’arpenter les rues de Palaiseau. Chaque fois, le chef du gouvernement et son ministre de l’Intérieur ont adopté la même scénographie : le premier s’exprime et répond aux questions ; le second l’observe et prend peu la parole. (...)
Une attitude qui donne lieu à deux types d’interprétation de la part des observateurs. Certains y voient une volonté de l’exécutif de reprendre le dossier Beauvau en main. Quand d’autres y voient au contraire une manière de relégitimer le « premier flic de France », ciblé par l’opposition depuis la mort du jeune Nantais. (...)
Une chose est sûre : il existe un « sujet » Christophe Castaner dans la majorité. Défendu par l’Élysée et par Matignon, ce Marcheur de la première heure peine à s’imposer et à convaincre depuis qu’il a remplacé Gérard Collomb à l’automne dernier. Déjà affaibli par sa gestion de la crise des « gilets jaunes » et par la publication de photos d’une soirée arrosée dans un restaurant parisien, l’élu du Sud-Est doit affronter un nouveau tourbillon
Invité à faire profil bas
En coulisses, certains proches d’Emmanuel Macron s’étonnent d’ailleurs de constater que Christophe Castaner n’a pas été inquiété outre mesure par cette affaire - seule une partie de l’opposition, emmenée par La France insoumise et le Parti socialiste, réclame une commission d’enquête parlementaire. « Le Parlement, s’il le souhaite, est libre de le faire. Il faut respecter la séparation des pouvoirs. Mais aussi le pouvoir judiciaire : une telle commission ne peut pas porter sur des faits faisant l’objet d’une enquête judiciaire », répond l’entourage du ministre. Idem sur les appels à la démission. (...)
« La mort de Steve, c’est le Malik Oussekine de 2019… Avec une implication de la police en plus ! », s’inquiète pourtant un conseiller gouvernemental. « Si les médias s’en saisissent, Christophe ne tient pas une semaine ». « Il enchaîne faute sur faute depuis sa nomination, ça n’aide pas… », abonde quant à lui un proche du président.
« Le bilan de son passage à LREM était déjà transparent, mais il s’en sortait grâce à la com. Là, ça ne suffit plus. Il faut bosser et obtenir des résultats. Point », martèle-t-on. Avant de déplorer la faiblesse du gouvernement en matière de régalien, par rapport au précédent quinquennat. « Valls-Le Drian-Urvoas, ça avait quand même plus de gueule que Castaner-Parly-Belloubet… » (...)
Selon un membre du premier cercle élyséen, Castaner aurait été invité à faire profil bas et se concentrer sur sa mission. La preuve ? « Il ne participe plus à aucun des dîners politiques » organisés par Emmanuel Macron, selon l’un des convives habituels. Durant la campagne, et depuis le début du quinquennat, il en était pourtant l’un des piliers, au même titre que Richard Ferrand et Édouard Philippe. (...)