L’ important soulèvement populaire initié contre l’augmentation du coût de la vie et les inégalités sociales ne faiblit pas, malgré une répression sans précédent depuis la dictature.
Alors qu’en Équateur une insurrection populaire menée par le mouvement indigène a mis fin à une mesure économique imposée par le FMI impliquant une hausse spectaculaire du prix du carburant, et par conséquent des prix des aliments, le président du Chili, parfois surnommé le « Berlusconi Chilien », se voit contraint de renoncer à une hausse du prix des transports face à la contestation. Pour la première fois depuis la fin de la dictature, le gouvernement recourt à l’état d’urgence et l’armée se déploie dans tout le pays, déterminée à mater la révolte en cours contre le modèle néolibéral des Chicago boys.
Le Chili entre dans une période insurrectionnelle dès le 18 octobre. Ce jour, des actions d’« évasion massive » [acte de protestation des étudiants qui consiste à passer en masse au-dessus des portiques afin de ne pas payer le métro] se multiplient et imposent l’interruption de l’ensemble du service. La colère de la population estudiantine s’intensifie alors contre une hausse, de 800 à 830 pesos, du prix des tickets de métro à Santiago, suite à une première augmentation de 20 pesos en janvier dernier. Dotée du réseau le plus étendu (140 km) d’Amérique du Sud, le métro de la capitale chilienne transporte quotidiennement environ trois millions de passagers sur les sept millions d’habitants que compte la ville.
Extension du domaine de la lutte (...)
le déploiement de l’armée dans les rues de la capitale où l’état d’urgence avait été déclaré avant d’être étendu durant la nuit à deux autres régions, Valparaíso (centre) et Concepción (sud), a provoqué une vive émotion dans un pays traumatisé par la dictature militaire (1973-1990) d’Augusto Pinochet, mort en 2006 sans être jugé pour ses crimes qui ont laissé plus de 3 200 morts et disparus et 38 000 torturés.
L’armée se déploie jusque dans onze autres régions où l’état d’urgence sera déclaré lundi, tandis que la révolte s’étend comme une traînée de poudre. (...)
En outre, les revendications des manifestants se sont élargies à la contestation d’un modèle économique de privatisation asphyxiant la vie quotidienne et réduisant le citoyen à un simple consommateur : l’accès à la santé, à l’éducation, l’eau ou l’énergie (la facture d’électricité a augmenté de 10 % en septembre) relèvent presque uniquement du secteur privé et le système de retraites par capitalisation créé en 1982 sous Pinochet propose dans la plupart des cas une retraite inférieure au salaire minimum de 301.000 pesos (371 euros).
Le modèle économique chilien, laboratoire du néolibéralisme sous l’égide des Chicago Boys, est imposé sous la dictature et sera peu modifié sous le régime démocratique qui n’a d’ailleurs pas changé la Constitution depuis lors. Tant admiré pour sa stabilité économique, le Chili est aujourd’hui un des pays les plus inégalitaires au monde d’après l’OCDE. Selon les Nations unies, 1 % des Chiliens les plus riches détiennent plus de 25 % des richesses du pays.
Plus de 13 morts et 88 blessés par arme à feu (...)
Les agissements du ministre de l’Intérieur, Andrés Chadwick, membre des Jeunesses militaires sous Pinochet, ont de quoi inquiéter alors que le bilan des affrontements s’alourdit d’heure en heure avec dorénavant plus de 13 morts et 88 blessés par arme à feu à déplorer selon l’Institut national des droits humains (Instituto Nacional de Derechos Humanos, INDH). L’ex-cheffe d’État du Chili et présidente de la commission des droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, demande l’ouverture d’investigations indépendantes sur la répression en cours.
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Plusieurs organisations étudiantes, convoquant des assemblées d’urgence dans les universités, appelaient à une grève générale lundi 21 octobre. Tandis que le Chili se réveille au bruit des bottes, un slogan fait son apparition : « Ils nous ont tant volé, qu’ils nous ont même pris notre peur. »