Il y a dix ans, mourrait à Paris Clément Méric, militant syndicaliste antifasciste, sous les coups de néonazis. Un livre sort en librairie, recueil de témoignages de ses proches et amis. Forte émotion à la lecture de cet ouvrage qui nous fait découvrir un jeune homme de 18 ans pétri de valeurs humaines. Entretien avec ses parents, Paul-Henri et Agnès Méric.
Les éditions Libertalia publient un ouvrage sur Clément Méric, jeune libertaire, militant syndicaliste et antifasciste, battu à mort par des néonazis à Paris le 5 juin 2013. Il s’agit d’un recueil, réalisé de façon collective, rassemblant des témoignages de ses amis, à Brest et à Paris, de militants de Solidaires, de l’AFA-PB (Action Antifasciste Paris-Banlieue), de La Horde, de ses proches, de ses parents. S’il n’y avait pas l’émotion, le livre se lirait d’une traite : en effet, les textes sont courts, et on enchaîne facilement les chapitres, d’autant plus que l’intention est claire avec une articulation limpide entre les éléments de la chronologie, le contexte politique de l’époque (les nombreux homicides racistes et homophobes commis depuis 1986), les témoignages, les faits, les procès et les analyses politiques d’un tel événement.
Sauf qu’il y a l’émotion qui freine la lecture : il est nécessaire de poser le livre, d’attendre un peu avant de reprendre (...)
l’émotion nait de ce jeune homme, qu’on n’a pas connu, et qui apparait progressivement : une personnalité attachante, une intelligence évidente, une vivacité d’esprit, une économie de paroles mais efficaces, des goûts affirmés (lecture, musique), des audaces, des utopies, de l’humour, un militantisme précoce (à la CNT à 15 ans), une façon étonnante de s’affronter à la maladie (leucémie à 16 ans) et surtout l’affirmation de valeurs, qui aujourd’hui, à la lecture, forcent l’admiration, d’autant plus qu’elles sont accompagnées d’un réel engagement dans l’action, soucieux qu’il était de combattre les injustices et conscient que le « fascisme ordinaire conduit au pire ». (...)
Le but de ce livre ne vise pas seulement à faire mieux connaître Clément : il consiste à rétablir des vérités car de fausses informations ont été colportées et certains médias en prennent pour leur grade car leur légèreté sur une affaire si dramatique est coupable. Ce fut particulièrement le cas de l’infographie bidonnée, diffusée par France 2, sur un récit de RTL, s’appuyant sur des interprétations fallacieuses vraisemblablement propagées par des agents de la police judiciaire, qui fut déchargée de l’enquête au profit de la brigade criminelle : sauf que le mal était fait et que des médias peu scrupuleux avaient repris cette version. Il était bien commode, surtout pour les meurtriers, de chercher à n’en faire qu’une bagarre qui a dégénéré (d’où des expressions sur le flou ou les « zones d’ombre » utilisées durablement par Le Parisien, 20 Minutes, Le Figaro, Le Monde et l’AFP). De leur côté, Elisabeth Levy de Causeur et Zemmour sur i-Télé cultivaient l’idée que Clément l’avait bien cherché. La décision judiciaire (attendus et condamnations), sur laquelle comptaient les proches de Clément, a eu le mérite de ne plus leur faire subir les divagations de commentateurs médiatiques en mal de sensationnel et d’audimat et a apporté à Paul-Henri et Agnès Méric la possibilité de pleurer leur fils sans qu’il soit sali au-delà de sa mort.
Clément a été victime d’individus qui prônaient des idées mortifères et qui baignaient dans une culture de violence. (...)