La réforme des retraites, qui se résume à ce stade au recul de l’âge de départ à la retraite, est l’obsession de Macron qui en a fait une affaire personnelle. C’est aussi l’étendard de la bourgeoisie et de toutes les forces politiques conservatrices depuis plusieurs décennies. La majorité des Français s’y oppose et pourtant ce sont eux qui auraient mal compris. Vraiment ? Passage en revue des arguments les plus courants en faveur de la réforme, tous mensongers.
1 – « Il est impératif d’allonger la durée de cotisation pour sauver le système de retraites » (...)
Concrètement, le dernier rapport du Comité d’Orientation des Retraites présente 4 scenarii possibles de trajectoires budgétaires pour notre régime de retraite, et un seul présente de forts déficits, sans pour autant créer de péril imminent. (...)
Nous savons donc ceci :
1 – Aucune étude ne démontre de menace sérieuse pour l’équilibre des finances de notre régime de retraites, quand bien même le nombre de retraités augmente.
2 – Le gouvernement n’est pas au clair sur la raison de la réforme, tantôt il dit que l’enjeu n’est pas financier, ensuite il dit vouloir dégager du budget pour d’autres secteurs (sans préciser clairement lesquels), tantôt il agite l’argument du péril financier.
3 – Or, rien ne démontre que le système est en péril
4 – Et il est tout à fait possible de le rééquilibrer par d’autres moyens. En bref, l’argument financier c’est de la foutaise.
2 – « On vit plus longtemps, il faut donc travailler plus longtemps »
Voici le vrai-faux argument de « bon sens » de tous les partisans du report de l’âge de départ. Il a l’apparence de la logique, mais l’apparence seulement.
Tout d’abord, l’espérance de vie n’est pas la même pour tout le monde : certaines catégories de la population vivent moins longtemps… à cause de leur travail : il y a le cas extrême des égoutiers, dont la surmortalité est avérée, mais aussi, d’une façon générale, des ouvriers, dont l’espérance moyenne de vie est inférieure de 6 ans à celle des cadres. Des tendances se développent et ont un impact sur l’espérance de vie : le travail de nuit, qui concerne deux fois plus de salariés qu’en 1990, a en la matière un impact décisif.
Les plus pauvres sont les plus touchés par la mortalité précoce. (...)
seules 58% des personnes arrivés à la retraite sont en emploi avant d’y parvenir. Les autres sont en incapacité, au chômage ou, dans une proportion de plus en plus faible avec les années, en préretraites. Il y a une grosse inégalité entre les femmes et les hommes (...)
Par conséquent, plus d’un tiers des personnes qui arrivent à la retraite dans le système actuel sont susceptibles d’avoir des droits à la retraite moindres et certaines sont contraintes de travailler après 62 ans. Imaginez ce que cela donnerait avec un départ fixé à 65 ans ! Encore plus de personnes n’y parviendront pas, et auront des retraites très dégradées. Et pas n’importe qui : les femmes plus que les hommes, les ouvriers et employés plus que les cadres. L’injustice est flagrante. (...)
Ensuite, c’est parce que l’on travaille moins longtemps que l’on peut vivre plus longtemps (...)
3 – « Pour ceux qui ont des métiers difficiles, on prendra en compte la pénibilité »
Le grand jeu des gouvernements, face à cet argument, est de dégainer la « prise en compte de la pénibilité ». Ils nous avaient déjà fait le coup la dernière fois, et nous y avions répondu : créer une usine à gaz de la reconnaissance de la pénibilité d’un emploi, c’est diviser les travailleurs, et transformer une logique collective – la sécurité sociale pour toutes et tous – en revendication individuelle, fort difficile à obtenir (nos carrières n’étant jamais de longs fleuves tranquilles).
Le débat est politique : avec tous les gains de productivité gagnés – terme économique pour désigner le fait qu’une personne qui travaille en France produit plus de richesses aujourd’hui qu’il y a trente ans – que doit-on faire ? En profiter pour travailler moins longtemps et ainsi vivre mieux, ou bien travailler toujours plus et vivre moins longtemps en bonne santé, certains moins que d’autres ?
4 – « Macron a été élu sur cette réforme, il ne fait qu’appliquer son programme »
Durant le premier tour de l’élection présidentielle 2022, le président-candidat assumait effectivement de vouloir repousser l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Mais durant sa campagne de second tour, pour s’attirer les électeurs de gauche face à Le Pen, il a infléchi son discours, parlant d’une retraite à 64 ans. (...)
Mais qu’importe finalement : le second tour de l’élection présidentielle n’a pas donné à Macron un électorat de convaincus. C’est pour empêcher Marine Le Pen d’accéder au pouvoir que ceux qui ont voté pour lui l’ont fait, tandis que les autres s’abstenaient massivement, pas pour ses beaux yeux et encore moins pour sa réforme des retraites. (...)
Il faut de toute façon arrêter avec la légitimité d’un président à appliquer son programme : nous sommes toutes et tous lassés d’un système qui donnerait le droit au candidat en tête, tous les 5 ans, de faire absolument tout ce qu’il veut, avec le soutien des forces de police. Ce n’est pas ça la démocratie : élu ou pas, si Macron fait passer sa réforme, il se comportera comme un despote. Ce faisant, nous aurons toute légitimité à nous soulever contre lui.