Petit mammifère de la famille des castors et originaire d’Amérique latine, le ragondin s’est installé partout en France. Au point d’appauvrir l’environnement et de répandre une maladie, la leptospirose. Mais faute d’assez de prédateurs, il est difficile de rétablir l’équilibre écologique.
Les problèmes causés par le ragondin en France sont nés de la mode des manteaux de fourrure. Mammifères à la peau brun foncé et originaire d’Amérique latine, les ragondins ont été introduits en France au XIXe siècle afin d’être transformés en vêtements. De nombreuses fermes ont vu le jour, jusqu’à ce que la mode succombe à la crise économique des années 1930. La majorité des éleveurs ont alors relâché leurs ragondins dans la nature… qui ne les attendait pas. (...)
Le ragondin est déclaré nuisible dès 1937 par le ministère de l’Agriculture, qui a ouvert la voie à la destruction de l’animal par tous les moyens autorisés dans les départements concernés. Mais chasser ou piéger n’a pas suffi à éradiquer l’espèce, qui n’a pas de prédateur en France et qui se reproduit à une vitesse difficile à contenir : deux à trois portées par ans de cinq à sept petits chacune. « Leur prédateur, en Amérique latine, ce sont les caïmans et les jaguars, précise Paul Hurel, et l’on ne peut pas les introduire chez nous. » En France, le chien, le renard, le putois ou encore la loutre sont des prédateurs potentiels, mais insuffisants pour réguler la population de ragondins. (...)
Heureusement, le ragondin se déplace peu. Il s’installe dans des espaces de 2 à 3 hectares et ne les quitte pas, sauf sous la pression de sa propre démographie. « Ils gagnent du terrain, bond par bond, depuis les années 1930 », précise Paul Hurel, n’hésitant pas à goûter aux cultures s’ils ne trouvent pas de quoi se nourrir dans les cours d’eau. Avec leurs deux grandes incisives rouge-orangé, ils s’attaquent aux pâturages, aux épis de maïs, aux céréales en herbes, aux légumes et parfois même à l’écorce des jeunes arbres. (...)
Présent également en ville, le ragondin creuse parfois sous les infrastructures humaines, comme les trottoirs ou les routes, qui menacent parfois de s’effondrer à cause de cela. « Les travaux de réparation peuvent alors se compter en milliers d’euros », estime Paul Hurel. (...)
Plus grave encore que les dégâts matériels, le ragondin est une menace sanitaire. Ce rongeur, qui se déplace dans l’eau, tête et hanche submergées, peut véhiculer plusieurs maladies, dont la leptospirose, une pathologie grave qui se transmet dans l’eau via l’urine des animaux porteurs. D’après Florence Ayral, épidémiologiste qui travaille sur l’effet de ce mammifère sur la santé publique, 12 % des ragondins sont porteurs de la bactérie : « Les conséquences du ragondin sur l’environnement sont un sujet d’actualité, dit l’experte. L’homme, mais également les chiens, les élevages bovins, caprins, ovins et d’autres espèces de la faune sauvage peuvent s’infecter au contact de cet environnement contaminé. » La leptospirose occasionne des troubles hépatiques et rénaux graves. (...) En 2014, dernière année de recensement, 628 personnes ont été contaminées par la leptospirose en France, la plus forte incidence jamais enregistrée. Le ragondin n’est pas le seul rongeur porteur de cette maladie, véhiculée également par le rat musqué ou le hérisson, mais la croissance de sa population induit une augmentation du risque de contamination. (...)
Pour lutter contre le ragondin, les moyens n’ont pas changé. Capture et chasse sont les deux solutions prônées par l’ONCFS et les fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (Fredon). Il existe bien des techniques de prévention, comme boucher les terriers ou gêner l’installation des populations, mais, en l’absence de prédateurs, elles ne sont pas suffisantes pour une régulation significative. (...)
« Éradiquer le ragondin, on ne pourra pas, précise Paul Hurel, on arrive trop tard. Dans l’ensemble, si on veut limiter son impact, il faut cibler les secteurs que l’on veut protéger et redoubler d’efforts de chasse et de piégeage dans ces zones-là. En tant que particuliers, pour nous aider, la seule chose à faire c’est de contacter les fédérations de chasseurs ou des piégeurs agréés. »
Pour éviter un problème de santé publique et protéger la biodiversité, les experts jugent qu’il faudrait mettre les bouchées doubles pour limiter la propagation de cette « espèce exotique et envahissante par excellence ».