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David Dufresne, vivre libre ou mourir
Dernière Sommation de David Dufresne (Grasset, 234 pages).
Article mis en ligne le 26 novembre 2019

Libertalia, Montreuil (93) – Soir d’affluence dans la petite librairie libertaire. David Dufresne serre les paluches, un sourire vissé sur le visage. Aux vieux camarades, il fait l’accolade. Depuis la veille, Dernière sommation, son roman, s’étale sur les tables de l’échoppe. Une autofiction inspirée de ses mois consacrés à documenter les violences policières à l’encontre des Gilets jaunes.

Un travail de fourmi que ses « Allô place Beauvau ». Le premier signalement est posté le 4 décembre 2018 sur Twitter, « là où sont les journalistes ». Depuis la mécanique est immuable. Quasi-clinique. Il interpelle le ministère de l’Intérieur, « parce que ces violences sont politiques ». Puis le décompte : l’accumulation pour démontrer le système répressif à l’oeuvre. Et enfin une vidéo ou parfois un document, en guise de preuves. « 861 signalements, 2 décès, 315 blessures à la tête, 25 éborgné.es, 5 mains arrachées », totalise Mediapart qui héberge cette litanie glaçante.
Surveillant de police

Les syndicats de policiers, eux, grincent des dents et montent au créneau. Ils tentent de décrédibiliser le journaliste qui, depuis plus de 30 ans, leur cherche des noises. « Je m’intéresse à la police depuis qu’elle s’intéresse à moi », commente David Dufresne sur le ton de la plaisanterie. L’idylle remonte à son adolescence à Poitiers. (...)

c’est là qu’est née cette idée : si la police nous surveille, il faut peut être la surveiller. »

Ça sera le fil conducteur de sa vie professionnelle : questionner le système. « C’est quelqu’un qui est resté fidèle à ses idéaux de jeunesse en y appliquant une grande rigueur journalistique, c’est rare dans ce métier », commente la journaliste Marine Turchi, qui l’a côtoyé à Mediapart. Le look a changé. Quand il squatte les plateaux télé, le quinquagénaire à la mèche longue et aux lunettes en écaille, enfile une chemise blanche. Mais le punk en lui n’est pas mort.
« Grâce à lui, on existe » (...)

« Enfin on parlait de nous autrement que comme des casseurs. Grâce à lui, on existe. Il nous a montré comme des personnes », raconte Vanessa, signalement 154. Le 14 décembre, acte V des Gilets jaunes, la trentenaire est percutée par un tir de LBD40. « Ma vie a basculé ». Perte quasi-totale de la vue. Des plaques de métal posées pour reconstituer son crâne. Le cerveau qui se nécrose… Le journaliste prend régulièrement des nouvelles, sans jamais en faire étalage. « Il respecte ce qui relève du privé », sourit la trentenaire aux cheveux blonds. (...)

Le 18 janvier, sur le plateau d’Arrêt sur image, alors qu’on lui montre des images de violences policières, il fond en larmes. « Ce jour-là, on a réalisé ce qu’il a encaissé », témoigne Vanessa. De ces longs mois, David Dufresne est sorti lessivé. Documenter le jour, écrire la nuit, ou l’inverse. Et dormir très peu. Au lendemain de la parution de son livre, il a encore le visage cerné. (...)

« L’affaire Tarnac » se conclut en 2018 par un procès au cour duquel David Dufresne témoigne. La « bande à Coupat » (principal accusé dans le dossier) est blanchie. Dans son jugement la présidente du tribunal écrit que « l’audience a permis de comprendre que le groupe de Tarnac était une fiction ». (...)