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Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?
Article mis en ligne le 26 septembre 2021
dernière modification le 25 septembre 2021

Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

« Je les condamne fermement, je ne les cautionne pas, je défends trop justement le métier des gardiens de la paix […] de ces ouvriers de la sécurité comme je les appelle », a affirmé Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste Français (PCF), député de la 20ème circonscription du Nord, et candidat à la présidentielle de 2022, lors de la Fête de l’Humanité, pour se désolidariser des spectateur·ice·s du concert du rappeur Soso Maness, qui ont repris en chœur un slogan classique des manifestations : « Tout le monde déteste la police ». (...)

Il y a quelques mois, il avait aussi annoncé sa participation à la manifestation de policiers, appelée par plusieurs syndicats de police, devant l’Assemblée Nationale, et tenu ces propos sur la gestion des flux migratoires sur un plateau de CNEWS : « Quand on ne bénéficie pas du droit d’asile, on a vocation à rentrer chez soi ». Des positions politiques qui ne représentent pas l’idéologie communiste pour certain·e·s jeunes militant·e·s. (...)

Pour l’historien et ancien membre du PCF, Alain Ruscio « à une époque ça n’aurait pas été imaginable qu’un secrétaire général du PCF se déplace à une manifestation de policiers ». Il rappelle que « la culture communiste en France a eu comme fondation l’hostilité à la police, ainsi qu’à l’armée et la religion. Ce sont des traditions libertaires constitutives du PCF à sa naissance. Au moins jusqu’au Front Populaire la police était considérée comme un rouage de l’Etat répressif ». « Un vrai parti communiste devrait marquer sa différence de façon extrêmement forte contre toute l’idéologie dominante. Dans les circonstances actuelles, jouer avec ce sentiment d’insécurité et cautionner me parait assez contestable. »

Des cadres déconnectés des réalités de terrain défendues par les militant·e·s (...)

« Au niveau national le parti je ne m’y reconnais plus. Que ce soit dans les positions de Fabien Roussel, ou d’autres élu·e·s. Ce qui m’a vraiment dégouté c’était par exemple leur abstention sur la loi séparatisme. Même s’il y avait déjà une rupture, ça ça m’a vraiment marqué », explique Lucien. « Je fais une différence carrément entre jeunesse communiste dans le Val-de-Marne et tout le reste du mouvement, parce que localement il y a des choses qui se font. » (...)

Pour le jeune militant de terrain « les déclarations de Fabien Roussel sont une insulte à l’engagement des communistes. Ce sont des positions hors sol qui se plient à l’agenda de l’extrême droite ». Malgré ces oppositions idéologiques, il continue à s’engager concrètement dans son département : « Je choisis où je milite. Quand je milite localement, pour les départementales c’est utile aux gens, je ne le fais pas pour rien. Par contre c’est hors de question que je milite lors de la campagne présidentielle pour Fabien Roussel. » (...)

Lamia, 25 ans, étudiante en sciences humaines à l’université Paris 8, en stage dans un fond féministe, et membre de l’UEC depuis novembre 2020, rappelle que pour elle « le communisme n’est pas fait pour jouer le jeu électoraliste, il est fait pour partir de la base, il n’est pas fait pour draguer les électeurs du FN ou pour draguer la police ». Elle s’oppose aux déclarations de Fabien Roussel particulièrement sur « la gestion de la police et les questions antiracistes » et rappelle que, selon le marxisme, la police est « le bras armé de la bourgeoisie. Ils ne défendent pas juste les intérêts de l’Etat, ils défendent les intérêts de tous les bourgeois. » (...)

Lamia, 25 ans, étudiante en sciences humaines à l’université Paris 8, en stage dans un fond féministe, et membre de l’UEC depuis novembre 2020, rappelle que pour elle « le communisme n’est pas fait pour jouer le jeu électoraliste, il est fait pour partir de la base, il n’est pas fait pour draguer les électeurs du FN ou pour draguer la police ». Elle s’oppose aux déclarations de Fabien Roussel particulièrement sur « la gestion de la police et les questions antiracistes » et rappelle que, selon le marxisme, la police est « le bras armé de la bourgeoisie. Ils ne défendent pas juste les intérêts de l’Etat, ils défendent les intérêts de tous les bourgeois. » (...)

« il y a eu un basculement militant au moment de la stratégie présidentielle qui a éclaté au grand jour. Lorsque j’ai vu la candidature de Fabien Roussel, je me suis dis que je n’allais pas faire campagne pour 2022. Après il y a eu tout le début de campagne de Roussel qui se matérialise aujourd’hui par deux pages dans Valeurs Actuelles qui font presque son éloge, c’est un peu le baiser de la mort. Et puis le point culminant, qui m’a fait partir en grande partie, c’est la participation à la manif des flics de Roussel. »

Rupture générationnelle et idéologique au sein du parti qui n’arrive pas à se renouveler (...)

Nous on va être plutôt sur une ligne intersectionnelle donc il n’y a pas de lutte prioritaire, au contraire les luttes se croisent et les discriminations se cumulent. (...)

Il y a aussi ce qui s’est passé par rapport à Guillaume T. (jeune militant communiste retrouvé mort à Nanterre en février 2021, après avoir accusé de viol deux cadres du parti) , c’était inacceptable. Quelques mois après son suicide, rien n’a été fait au sein du parti. »

Pour les jeunes militant·e·s communistes, il devient de plus en plus difficile de manœuvrer sur tous les fronts entre engagement dans le parti, et adéquation à leurs valeurs. (...)