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ÉcoleFéministe : comprendre et affronter les systèmes d’oppressions
Article mis en ligne le 11 mai 2021

Les rencontres de l’École Internationale d’Organisation Féministe du 12 et 13 avril étaient consacrées au débat sur le système des oppressions. La journée a commencé par la puissance des paroles de Berta Cáceres, enregistrées en 2007. « Démantelons concrètement le capitalisme, le patriarcat, la discrimination, le racisme », nous exhorte Berta, et c’est le sens de la construction politique que nous menons dans cette École.

Comprendre le système d’oppressions aujourd’hui nécessite de partir de différentes trajectoires des colonisations, marquées par la violence contre les personnes et leurs corps, contre les peuples, leurs savoirs et leurs langues, leurs modes de vie et leurs cosmovisions, leur rapport à la nature et aux territoires.

La domination capitaliste s’exprime par de multiples oppressions : économique, politico-idéologique, socioculturelle, écologique, symbolique-médiatique et des savoirs. Ces multiples formes d’oppression sont intégrées dans un système de domination unique et hégémonique qui approfondit la contradiction capital-vie.

Le capitalisme exproprie tout ce qui peut générer des profits, et le fait à travers les entreprises transnationales de la mode, de l’alimentation et des produits pharmaceutiques. Il le fait par l’appropriation et l’exploitation du travail, de la vie et du corps des femmes, des subjectivités, en imposant des manières d’être binaires qui sont fonctionnelles pour l’accumulation.

Les oppressions ont des spécificités, et en même temps elles sont imbriquées. (...)

La sous-traitance du travail retombe sur les femmes migrantes, pauvres, autochtones et noires. Elles paient, en tant que travailleuses précaires, les coûts que les entreprises n’assument pas. Les femmes sont vendues comme esclaves du travail et du sexe. Nous identifions une absence généralisée d’éthique dans ces situations, permises et organisées par les mains du « libre-échange ».

Le consumérisme et l’individualisme corrodent la sensibilité à freiner ces pouvoirs qui marchandisent. Le système nous conduit également à une compétition entre les femmes dans différents espaces, ce qui nous désunit. (...)

Les États sont soumis aux intérêts des entreprises transnationales. Les gouvernements perdent leur légitimité et sont associés au trafic de drogue et à la course aux armements. Les États justifient les déplacements forcés et les dirigeants communautaires qui s’opposent aux tentatives d’expulsion sont criminalisés. La migration de masse est encouragée par une situation économique, sociale et politique instable, où les gens ne quittent pas le pays parce qu’ils le veulent, mais parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. (...)

L’exploitation des biens communs et de la nature par les entreprises transnationales est plus brutale dans les territoires des peuples autochtones. (...)

Les entreprises transnationales sont des institutions de domination, elles s’approprient tout ce qui nous appartient et nous utilisent, puis nous traitent comme des déchets. Nous voulons vivre sans être colonisées. On assiste à un nouveau clivage Nord-Sud à partir des plateformes technologiques et des systèmes numériques. Il s’agit de nouvelles formes d’exploitation et de colonisation. La logique patriarcale est également accentuée de cette manière, ne respectant pas les temps de soins, imposant des temps de productivité linéaires et accélérés. Les frontières du capital s’étendent, mais aussi celles des résistances, comme celles de la technologie libre et créative. (...)

Le système conditionne les goûts, les couleurs et nos corps. Notre corps est le premier territoire à défendre. (...)

La lutte anticolonialiste porte en elle le potentiel de remettre en question toutes les structures de domination, en plaçant les corps au centre de la lutte. (...)

L’autodétermination des peuples quant à leurs territoires et à leurs destins est profondément liée à l’autonomie et à l’autodétermination sur nos corps, nos sexualités et nos identités. Et toutes ces luttes nous coordonnent en mouvement et en solidarité, dans le féminisme internationaliste qui fait face au système d’oppressions et organise nos alternatives de société.

Nous vivons dans la lutte, nous devons nous unir et nous accompagner dans la solidarité. L’École contribuera à renforcer notre alliance. (...)