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le Point
En Amazonie, mines et exploitation pétrolière cernent les communautés indigènes
Article mis en ligne le 14 septembre 2019
dernière modification le 13 septembre 2019

"Notre crainte, c’est que cela détruise notre forêt" : en Amazonie, l’orpaillage met en péril l’équilibre de la forêt et la vie des communautés indigènes, qui doivent aussi faire face à la menace de l’extraction pétrolière.

Dans le village de Boca Pariamanu, au coeur d’Amazonie péruvienne, les Indiens Amahuaca savourent une victoire car après des années de conflit avec des exploitants de la noix d’Amazonie, la communauté a réussi à revalider en juin son titre de propriété sur 4.400 hectares de forêt.

Ce titre est fondamental "pour pouvoir surveiller le territoire et ne pas être envahi par les mines illégales, la coupe d’arbres clandestine", explique Julio Rolin, à la tête de ce village d’une centaine d’habitants accessible après deux heures de voiture et de bateau depuis Puerto Maldonado, la capitale du département de Madre Dios (sud-est). (...)

Les Amahuaca (environ 250 personnes) sont une des 38 communautés autochtones de ce département amazonien, considéré comme le plus touché par les ravages des mines et la pollution par le mercure qui sert à l’extraction de l’or. Le Pérou est le cinquième producteur d’or du monde.

"Les mines contaminent l’eau, il n’y a plus de poissons. Et cela détruit la forêt qui devient laide", se désole Adela Aguirre, une mère de famille de 23 ans, qui dit craindre que les mines n’arrivent jusqu’à sa paisible communauté. (...)

Il suffit de traverser la rivière Pariamanu pour apercevoir d’énormes étendues de forêts déboisées et des cratères de boue laissés par les mineurs. Au loin se fait entendre le ronronnement des machines qui creusent le sol sans répit.

Face à la flambée des installations de mines illégales, le gouvernement a décidé en février d’envoyer l’armée pour démanteler La Pampa, surgie ex-nihilo en 2008, au plus fort de la crise économique mondiale, lorsque la demande d’or était au plus haut.

Mais cela ne rassure pas pour autant les communautés locales : "Ils ont fait partir 30.000 habitants, où vont-ils aller ? Ils vont aller dans d’autres zones des territoires autochtones", redoute Julio Cusurichi.
Forte pression de l’Etat

De l’autre côté de la frontière, sur le territoire des Tacanas (340.000 hactares), dans l’Amazonie bolivienne, c’est la future exploration pétrolière soutenue par le gouvernement qui inquiète les habitants. (...)

Le président Evo Morales, qui briguera un quatrième mandat en octobre, soutient un projet d’exploitation qui prévoit l’extraction de 50 millions de barils de pétrole, ainsi que du gaz naturel.

"On aurait pu dire non (à ce projet), mais il y a eu une très forte pression de l’Etat, de très fortes menaces", explique Rolando Justiniano, à la tête du territoire Tacana II, qui compte quatre villages, seulement accessibles en bateau. (...)

La communauté se réjouit pour l’heure d’avoir tout de même réussi à assurer la protection des noyers d’Amazonie, hauts de plus de 50 mètres. La cueillette de la noix est pour eux une source de revenus entre janvier et avril.