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Attac 33
En attendant la croissance . . .
Article mis en ligne le 21 septembre 2013

La guerre aujourd’hui, la pause fiscale pour demain, l’écologie pour après-demain. F Hollande n’a pas les mêmes priorités que les français et n’en finit pas d’exaspérer son électorat et ses alliés politiques. Il imprime son style, sa méthode de gouvernement : la trahison permanente des idéaux socialistes qu’il prétend encore défendre au nom du réalisme politique et du refus des extrêmes. Se forger une image de président décideur et énergique, éviter l’ultralibéralisme en pratiquant un social-libéralisme extraordinairement favorable aux milieux d’affaires, couper l’herbe sous le pied de l’adversaire en attendant le retour de la croissance.

Les options de F Hollande illustrent la faillite démocratique de nos institutions et vont encore accentuer la crise systémique de la société française.
Cette politique ne peut produire que des effets dévastateurs pour les plus défavorisés et pour l’environnement. Si elle revient, la croissance – qui sera de toute façon faible – profitera aux plus riches et creusera encore davantage les inégalités. Aux USA, où le redémarrage de l’économie dope la Bourse, les actionnaires empochent les fruits de la croissance retrouvée : le Dow Jones a doublé depuis 2009 et, comme le signale le journal le Monde « la fortune des 400 américains les plus fortunés n’a jamais été aussi importante. En 2012, elle a passé la barre des 2 000 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de la Russie » . On assiste dans tous les pays bénéficiant d’une petite reprise à une baisse continue du salaire moyen, parallèlement à l’enrichissement des possédants. Notre voisin allemand apporte la démonstration qu’une économie dynamique n’est pas synonyme de prospérité pour la population dans son ensemble. Le journal Sud-Ouest, en interviewant une jeune berlinoise, remarque, dans son édition du 19/9/2013, que « beaucoup d’Allemands sont surpris de voir leur pays érigé en modèle » et qu’en Allemagne « la rupture entre riches et pauvres ne cesse de croître ».
Le retour de la croissance est un leurre social de plus de la part de ce gouvernement. Et « la pause fiscale » tant annoncée concernera évidemment avant tout les entreprises et les hauts salaires. La fiscalité, censée être un instrument permettant la redistribution et la réduction des inégalités de revenus, finit paradoxalement par les accroître. De plus en plus de ménages sont concernés par l’impôt sur le revenu (plus d’un million de personnes supplémentaires assujetties cette année) alors même que la seule fraude à la TVA représenterait pour le budget de l’Etat un manque à gagner annuel de 32 milliards d’euros. Cette situation alimente un « ras-le-bol » fiscal qui sert de prétexte à poursuivre et accentuer encore des aménagements fiscaux qui profitent aux riches et accablent les pauvres par une sorte de boucle de rétroaction négative.
Et, dans ce contexte, la fiscalité écologique restera bien sûr en panne. La défense de l’environnement et la protection de la santé des consommateurs attendront le retour de la croissance ! D’ailleurs F Hollande a décidé de remplacer à la table de la conférence environnementale des 20 et 21 septembre les lanceurs d’alerte par les surfers de l’association « Surfrider Foundation », sans doute moins suspects de faire obstacle à la bonne marche des affaires et à la reprise économique. Les représentants d’EELV peuvent bien continuer à gémir . . . 
Cela pourrait-il être pire avec un autre Président, avec un autre gouvernement ? Sans doute, mais aujourd’hui, nous ressentons tous, peut-être encore plus durement qu’avec N Sarkozy, les terribles limites de notre démocratie représentative. L’électeur glisse un bulletin de vote dans l’urne tous les cinq ans pour que rien ne change, un instant furtif de défoulement, l’espoir d’un autre monde qui laisse très vite la place à la terrible réalité, une politique entièrement inspirée, dominée par la droite : la droite au gouvernement et la droite extrême, l’UMP et le FN, dans l’opposition.
 Désormais, en France, le savoir-faire politique consiste à tirer parti de l’exaspération populaire pour conquérir le pouvoir.
F Hollande désespérerait Machiavel qui déjà, à son époque, reconnaissait que « rien n’est aussi désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d’espérer ».