Annoncé par la présidente de la Commission Européenne deux semaines après l’incendie du camp de Moria, le « Pacte sur l’asile et la migration » présenté le 23 septembre est amené à remplacer les accords de Dublin III. Devant les divergences des différents pays européens sur ces questions, aucune stratégie d’accueil n’a pour l’heure fonctionné. Face à l’indifférence et l’instrumentalisation, Le Club s’empare du débat.
« Mourir dans les profondeurs de la mer »
« Tu mourras dans les profondeurs de la mer
Les vagues fracassant ta tête
Et l’eau balançant ton corps
Comme un bateau crevé.
Ou alors, tu mourras, sur une terre délaissée
Le froid rongeant ton corps
Qui fuira douloureusement vers toi.
Tu mourras seul
Embrassant ton ombre délavée
Demain ne sera plus que le spectre de tes rêves.
Personne n’en saura rien
Cela ne fera aucune différence. »
Poème d’Abdalwahab Latinos, originaire du Darfour, mort en mer Méditerranée. (...)
Face aux divergences des différents pays Européen sur ces questions, aucune stratégie d’accueil n’a pour l’heure fonctionné. Aboutissant à des désastres humanitaires comme à Moria, des conditions d’accueil indignes, notamment des mineurs, que les associations pointent du doigt. Il y a urgence. Cette catastrophe humanitaire est aussi un drame politique. En France, « pays rebond », la « criminalisation des aidants », une politique d’État de plus en plus brutale face aux réfugiés et une stratégie d’invisibilisation des migrants doivent nous interroger sur le manque de volonté politique pour trouver des solutions pérennes.
Une semaine après les propos d’Éric Zemmour, polémiste condamné pour incitation à la haine raciale sur la chaîne Cnews, Le Club s’empare du débat et devant le désastre des précédentes politiques s’inquiètent d’un nouveau pacte avec le diable et d’ un texte glaçant mais explosif. Face à l’indifférence et l’instrumentalisation, les contributeurs remettent en perspective les problématiques liées aux migrations et appellent à une prise de conscience urgente de la société civile face à une classe politique qui fait le choix de la division. (...)
« J’avais parlé publiquement de pratiques génocidaires. Exagération, m’a-t-on dit ! Mais comment faut-il dénommer l’ensemble de politiques délibérées et militarisées qui aboutissent à organiser l’élimination d’une partie propre de l’humanité, celle que j’ai appelée l’humanité errante, ou la partie mobile de l’humanité ? » le philosophe Étienne Balibar pointe dans un appel commun d’universitaires européens à l’initiative d’Agora Europe, comment les gouvernements européens ne font pas que subir une situation mais bien comment « ils organisent cette élimination meurtrière ».
« c’est une volonté qui ne s’avoue pas mais qui se met en œuvre » (...)
La criminalisation des sauvetages en mer, l’accord avec la Turquie et le renvoi des bateaux vers les côtes libyennes repoussent les limites de l’espace européen. Le fait que les camps de réfugiés sont de plus en plus établis aux frontières des zones européennes « est une manifestation concrète de la façon dont l’Europe, en externalisant ses frontières, a refaçonné l’imaginaire géographique » poursuit-elle et cette politique produit un nombre de décès dans la Méditerranée « qui ne peuvent être considérés comme acceptables ».
Pourtant cette stratégie « viole les Conventions maritimes internationales ». L’État a « la responsabilité de fournir un espace sur, ou de s’assurer qu’un espace sur soit fourni ».
Ce sont ces questions qui seront évoquées au procès de Mattéo Salvini devant le tribunal de Catane pour avoir empêché le débarquement de migrants sauvés en mer.
Si la nouvelle mairie de Marseille, de son côté, semble vouloir rompre avec la « xénophobie de [ses] prédécesseurs » en ouvrant le port aux bateaux de sauvetage, un large ensemble de collectifs demandent que des mesures concrètes – accès aux services publics de la ville, aux soins, au logement... – soient mises en place pour « un accueil digne des futur·e·s demandeurs et demandeuses d’asile » secouru·e·s en Méditerranée. (...)
En appui de ces aspirations s’élève le travail quotidien des bénévoles, chaque jour plus criminalisés. Un travail qui accompagne parfois le deuil ou pire cet entre-deux de la disparition.
C’est à ce « malheur irréparable » que nous confronte le très beau texte de Marie Cosnay « Maintenant, c’est ça notre travail, chercher » où l’océan, source de vie se révèle mangeur d’enfants. « Des bateaux et des corps ont-ils déjà disparu ainsi, sans jamais être retrouvés ? » (...)
« Personne ne risque sa vie dans une embarcation en plastique s’il n’a pas déjà tout perdu. »
« Les habitants de Moria sont les damnés de la terre depuis trop longtemps. Leur résilience et leur force nous donnent des leçons d’humanité chaque jour, à nous qui avons la chance de les côtoyer. Jusqu’à quand continuera-t-on de tester leur résistance ? » (...)
« Criminalisation des "humanitaires" et Pluie de P.V. sur les bénévoles » (...)
« Face à la justice, les bénévoles n’existent pas. Ils sont priés de s’effacer » (...)
Face à cette situation, et pour briser le mur de l’indifférence, plusieurs initiatives solidaires prennent forme, notamment la Marche nationale ds sans-papiers qui doit arriver le 17 Octobre devant à l’Élysée. « Des quatre coins du pays, pour l’égalité, nous marchons. Plusieurs centaines d’entre nous, sans-papiers en tête, vont traverser ce pays où nous vivons, venus du sud, du nord, de l’est et de l’ouest appuyés par la solidarité des habitantes et habitants sur les ronds-points, les routes, les places de nos villages, les quartiers de nos villes. Et nous serons des dizaines de milliers à Paris, à leur arrivée, le samedi 17 octobre pour aller vers le palais de l’Elysée »
Ou encore ce collectif d’enseignants mobilisés pour que cesse le traitement indigne des lycéens sans papiers en Seine-Saint-Denis. Face au silence et au mépris de l’administration, ils appellent tous les collègues à une journée d’interpellation le 15 octobre. (...)