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Mediapart
Ignorés ou licenciés : EDF mène la vie dure à ses lanceurs d’alerte
Article mis en ligne le 30 décembre 2020

Les salariés d’EDF qui ont osé dénoncer des manquements à des règles internes ou soulever des soupçons de malversations n’ont pas été écoutés et ont été malmenés. Malgré les dispositifs obligatoires de signalements éthiques, la société peine à installer une culture de la vigilance et de protection des lanceurs d’alerte.

La protection des lanceurs d’alerte est une préoccupation fondamentale pour EDF », assure le groupe public sur son site. Depuis la loi Sapin II en 2016, les grandes entreprises sont obligées de mettre en place un système d’alerte professionnelle des déviances. Les critères y sont suffisamment larges pour que tous les types de déviances soient concernés. Chaque salarié peut y dénoncer des éléments qui enfreignent la loi, des règlements internes ou des atteintes aux droits de l’homme dont il a été témoin ou victime.

Lorsque le dispositif a été mis en place, l’entreprise publique s’est félicitée de son partenariat avec une société spécialisée pour sécuriser les échanges. Mais à quoi bon sécuriser le canal si les alertes ne donnent pas lieu à des enquêtes impartiales ou, pis, se retournent contre ceux qui les ont émises ? (...)

Au sens strict du terme, ils sont lanceurs d’alerte. Mediapart a identifié treize personnes qui ont rapporté à leur hiérarchie ou au service dédié des manquements aux règlements, voire des faits potentiellement délictuels. Le sort qui leur a ensuite été réservé est très explicite. Ignoré, dénigré, mis au placard ou licencié, selon les cas : ce que chacun a vécu contredit les annonces officielles concernant le traitement des informations susceptibles de contrevenir aux lois ou règlements. (...)

Au cours de cette enquête, des signalements pour des cas de harcèlement, non-respect des règlementations pour personnes handicapées ou corruption. S’il est impossible de se prononcer sur le fond de chacun de ces dossiers, le sentiment de ceux qui signalent est unanime. « Les réponses cherchent à classer le témoignage dans une catégorie, ensuite ils se renseignent sur le contexte sans que l’on sache comment ils peuvent le faire sans mettre en danger la protection de l’anonymat, puis une réponse explique vaguement que le dossier a été examiné et que des recommandations ont été faites. C’est une machine à protéger leur responsabilité », résume, amer, un syndicaliste qui a dirigé plusieurs personnes vers le dispositif.

Contacté par courriel en évoquant chacune des problématiques exposées ici, EDF n’a pas donné de réponse au cas par cas. Le service de presse de l’entreprise s’est contenté de généralités et statistiques sur le dispositif d’alerte