Fils d’un ouvrier algérien membre du FLN, Abdelaziz Gharbi est l’héritier, à sa manière, d’une histoire ouvrière profondément intriquée à celle du colonialisme. Sa trajectoire porte une lumière crue sur le racisme du monde scolaire, et sur les points aveugles d’une gauche et d’une extrême gauche trop longtemps indifférentes aux combats contre les violences policières et contre les discriminations de toutes sortes. Ancien militant du MIB (Mouvement Immigration Banlieue), aujourd’hui directeur d’une régie de quartier à Aubervilliers, il ne cesse de rappeler la violence des inégalités économiques alors que la longue histoire des trahisons du Parti socialiste se poursuit. Sa voix précieuse tranche avec celle, bruyante, des experts et des politiques qui se pressent au chevet du « problème des banlieues » depuis plus de vingt ans.
(...) "J’ai grandi à Longwy, en Lorraine, une région sidérurgique à l’époque. Mon père est venu en 1958 en France avec deux missions entre guillemets : d’une part subvenir aux besoins de sa famille mais aussi en tant que militant FLN. Il jouait le rôle de logisticien au service de la révolution algérienne. Etant donné ses rapports avec l’Etat français, les premiers potes qu’il a eus, c’étaient des Italiens et il a d’abord appris l’italien. Et moi j’ai toujours eu de la sympathie pour les Italiens ! (...)
Ma mère venait d’un milieu un peu plus aisé que mon père. Son père était horticulteur et il avait une grande exploitation. Mais mon grand père maternel était attiré par la ferveur militante et indépendantiste de mon père et de sa famille. Ce décalage social a marqué les rapports entre mes parents car ma mère ressentait le déclassement en permanence. Mais c’était l’époque des mariages arrangés. Mon père l’aimait bien, mais elle, elle l’aimait moins. Elle aurait sans doute préféré un jeune homme qui se préparait à être médecin plutôt qu’un mec qui était berger, issu d’une famille rural et très rustre. Ensuite ma mère a été plongée dans la famille de mon père, sur les hauts plateaux. La famille vivait en tribu, et en plus c’était une famille qui luttait, et ça a été traumatisant. Ca a été d’autant plus traumatisant quand mon père a dû partir en France (...)
lui est parti dans le cadre d’une lutte. Elle, là bas, a subi des violences de la part des militaires français. Elle a été sauvée in extremis par un officier de l’armée française mais des tantes à elle ont été torturées, mes oncles aussi. C’était une région où les combats étaient très intenses. La maison familiale a été détruite par les chars. Ma grande sœur était dedans, dans la maison. (...)
lui est parti dans le cadre d’une lutte. Elle, là bas, a subi des violences de la part des militaires français. Elle a été sauvée in extremis par un officier de l’armée française mais des tantes à elle ont été torturées, mes oncles aussi. C’était une région où les combats étaient très intenses. La maison familiale a été détruite par les chars. Ma grande sœur était dedans, dans la maison. (...) "