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Libération
Irak : Depuis l’invasion américaine de 2003 et la montée en puissance des islamistes, la situation des femmes s’est fortement dégradée.
« Je rêvais d’une robe blanche, j’ignorais tout le reste »
Article mis en ligne le 12 mai 2018

Mariages forcés, polygamie, prostitution déguisée, absence de représentation politique… (...)

(...) « J’ai dit oui, quand le cheikh m’a posé la question pour conclure le mariage, raconte Maryam. Je n’aimais pas l’école et je rêvais de porter la robe blanche comme dans les feuilletons télé. Mais j’ignorais tout le reste. » Refusant catégoriquement de parler des rapports physiques avec son mari éphémère, l’adolescente se plaint surtout d’avoir été traitée en « servante » par les membres de la famille où elle était la deuxième épouse. « Ménage, lavage, repassage, habillage des enfants pour l’école, j’étais la première réveillée et la dernière couchée dans la maison », raconte-t-elle. Quand elle a commencé à rechigner au travail, elle a fini par être répudiée.

Puissant clergé
Le cas de Maryam est banal et paraît moins terrible que celui de nombre de ses semblables jeunes mariées irakiennes. Elles subissent grossesses précoces ou violences familiales dans le premier pays au monde pour le nombre de mariages comme de divorces des mineures. En 2016, selon les chiffres officiels, 24 % des femmes ont été mariées avant 18 ans et 5 % avant 15 ans, tandis que 60 % de ces mariages se terminent en divorce. Le phénomène n’a cessé de s’accentuer depuis 2003. Le démantèlement du régime de Saddam Hussein avec l’occupation américaine s’est traduit par un affaiblissement de l’Etat irakien et une montée en puissance des tribus et des islamistes conservateurs. Ceux-là veulent imposer des codes communautaires au nom de « la liberté de croyance », en particulier la « loi Jaafari », permettant aux chiites, majoritaires en Irak, d’appliquer les règles du mariage préconisées par leur puissant clergé, autorisant le mariage des filles dès 9 ans. Alors que l’âge légal reste fixé à 18 ans pour les deux sexes, il n’est pas respecté dans les faits par les forces religieuses influentes dans le pays. (...)

Le problème des mineures n’est que l’un des aspects de la régression du statut et des droits des femmes en Irak. Mariage, divorce, héritage, polygamie… (...)

Malgré un quota officiel qui accorde 25 % des sièges du Parlement irakien aux femmes, celles-ci ne sont pas très actives dans la défense de leurs droits. « Elles ne sont souvent pas concernées par nos causes car elles ont été élues grâce à l’appui de leur communauté ou de leur tribu et tiennent à rester en place pour continuer de bénéficier des avantages », dénonce Amal. (...)

Les suicides n’ont cessé de se multiplier ces dernières années parmi les Irakiennes.