Le retrait de l’eau, mercredi, a révélé une ville meurtrie et sans doute plus d’un milliard d’euros de dégâts. La basilique Saint-Marc est passée « à un souffle de l’apocalypse ».
Si Venise doit mourir un jour, cela commencera sans doute comme ça. Soudain, une sirène jaillit des haut-parleurs et retentit dans tout le centre de la ville, pour annoncer la prochaine montée des eaux, dans les trois heures. A ce moment-là, chaque Vénitien tend l’oreille, attendant le deuxième signal, modulé, qui arrive quelques secondes plus tard et indique l’ampleur de la crue. (...)
Si la sonnerie à quatre tons retentit, alors, plus personne ne plaisante. La crue dépassera la cote de 140 centimètres, synonyme de crue exceptionnelle. Plus de la moitié de la ville est sous l’eau, les barrières métalliques placées à l’entrée des immeubles perdent toute utilité. Venise est à la merci des événements, et tout peut arriver. (...)
Hauteur cauchemardesque
Mardi 12 novembre en fin d’après-midi, les quatre tons ont retenti. Puis l’eau n’a cessé de monter, jusqu’à atteindre, peu avant 23 heures, la hauteur cauchemardesque de 187 centimètres. Un tel niveau, qui signifie que la place Saint-Marc, joyau de la ville, se trouve sous près d’un mètre d’eau, n’avait pas été atteint depuis l’acqua granda du 4 novembre 1966 (194 cm), soit plus d’un demi-siècle. (...)
Mercredi en fin de matinée, lorsqu’il est apparu, les traits défaits et la voix tremblante, pour une conférence de presse improvisée, le maire de Venise, Luigi Brugnaro, d’ordinaire bravache, a tenu à s’excuser auprès de ses concitoyens, avant d’assurer qu’il mettrait tout en œuvre pour obtenir la mise en sécurité de la ville, promise depuis cinquante ans, mais jamais réalisée. « Nous devons prouver que nous y arriverons », a-t-il lancé, avant d’affirmer que dans l’affaire, « nous jouons notre crédibilité internationale ».