Je représente une des 7 parties à un dossier de concurrence déloyale - pas très propice à des larmes, hein ?
On a déposé nos conclusions dans les temps, il n’y a rien de particulier et on est tous là, prêts à plaider, la date est fixée depuis des mois.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Elle nous avait demandé, très gênée, s’il nous était possible de ne pas plaider trop longtemps, car il y avait beaucoup de dossiers ce jour-là.
Et on avait joué le jeu, parce que comment faire autrement, quand on voit qu’elle va devoir entendre 15 dossiers en quelques heures ?— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Aujourd’hui, c’était à nouveau elle. Je la soupçonne d’être seule dans cette chambre, d’ailleurs.
Compte tenu de l’ampleur du dossier, nous avions demandé une collégiale, c’est à dire que trois juges soient présents à l’audience.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Elle nous a salué et nous a indiqué qu’elle aurait besoin de parler à certaines d’entre nous, qu’il y avait une « difficulté ».
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Et elle avait l’air très ennuyée, je me suis demandée ce qu’elle avait à nous dire.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Elle s’est excusée, nous précisant qu’elle était désolée de ne nous prévenir que maintenant.
Certains d’entre nous venaient de loin, nos déplacements coûtent parfois des honoraires à nos clients, et puis, on avait tous préparé notre dossier pendant plusieurs heures hier.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
En échange, elle nous a proposé une date de renvoi courte, à deux mois, le temps je suppose de reprendre son souffle, en nous promettant cette fois « une collégiale » et puis « 20 minutes chacun pour plaider », en guise de compensation.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Elle nous a proposé d’expliquer la situation à nos clients (qui étaient présents), de prendre le temps de recueillir leur avis, nous a précisé qu’elle nous attendait.
On est donc sortis avec eux, devant la salle.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Oh, on aurait pu être en colère : nos clients étaient là, ils attendent cette date depuis des mois, on a bossé comme des dingues, personne ne nous a prévenu, mais même pas… on était juste dépités et très ennuyés pour elle, et puis pour la Justice.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Elle ne peut juste pas prendre ce dossier.
Parce qu’il est un peu gros (et en vrai, même pas tant que ça non plus).
Pour moi, en matière civile/commerciale, un magistrat qui avoue son épuisement, qui parle de « point de rupture », c’est une première.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
et j’espère qu’elle a bien compris combien on était désolés pour elle, plus encore que pour nos clients ou pour nous.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Ça fait beaucoup de mots, pour vous parler d’un dossier renvoyé, mais je ressens encore ce malaise, trois heures plus tard : ça fait des années qu’on dit que la justice va mal, qu’on râle.
— Maître Léonine (@AvocatavecunE) December 9, 2021
Sur cette illustration, annotez sur le rocher le mot « justice », « hôpital », ou « école » et ce une description exacte de mon propos ci-dessus. pic.twitter.com/rDzSozccBg
— Memnet12 (@Memnet12) December 9, 2021