Karim Benzema incarne la « racaille » dans le football. Il ne chante pas la Marseillaise, préférerait l’Algérie à la France... un mauvais Français. D’après les documents Football Leaks, il a pourtant choisi de payer l’impôt sur ses droits à l’image en France, quand Ronaldo et tant de ses coéquipiers du Real s’enrichissent dans les paradis fiscaux. Un joli paradoxe.
On lui a tout reproché. De ne pas chanter la Marseillaise. De cracher par terre quand elle retentit. De compter ses efforts dès qu’il enfilait le maillot bleu. De préférer l’Algérie à la France. En clair : de ne pas être un bon Français. (...)
Karim Benzema est pourtant un patriote fiscal, si l’on en croit les documents Football Leaks, analysés par Mediapart et ses partenaires du réseau de journalistes d’investigation EIC. Lorsqu’il s’agit de ses droits à l’image, et contrairement à une grande partie de ses partenaires du Real Madrid, qui ont ouvert des sociétés dans des paradis fiscaux (voir nos enquêtes sur Ronaldo, Mourinho et le système Mendes), l’attaquant français a choisi de domicilier BOB (Best of Benzema), à Lyon, dans sa région d’origine.
Non, Karim Benzema n’est pas Cristiano Ronaldo, qui planque des dizaines de millions à l’étranger, et fait tout pour payer le moins d’impôts possible. Cela surprend jusqu’aux avocats du Real Madrid. Quand l’administration fiscale espagnole leur écrit en octobre 2015 pour leur annoncer un contrôle de Benzema, les avocats du cabinet Senn Ferrero peinent à imaginer qu’il puisse faire les choses proprement. L’un d’entre eux explique que s’il passe par des structures offshore comme les autres, il faudrait lui proposer de régulariser sa situation afin d’éviter des sanctions pour fraude fiscale.
Ce ne sera pas nécessaire. Et Benzema va plus loin : sans tomber dans l’illégalité, sans même chercher à optimiser, Benzema aurait pu domicilier sa société en Espagne, où il joue depuis l’été 2009, et où il paye les impôts sur le revenu. Qui aurait pu le lui reprocher ? Le Real lui a procuré des trophées, et son image de champion, qu’il valorise à travers quelques partenariats et publicités. (...)
Surtout, en tant qu’étranger arrivé en Espagne avant 2010, Karim Benzema aurait pu, comme Cristiano Ronaldo, bénéficier du statut fiscal ultra favorable d’« impatriado » (impatrié). Ce privilège permet aux joueurs étrangers d’être exonérés d’impôts sur leurs revenus de sponsoring touchés hors d’Espagne, avec à l’arrivée un taux d’imposition probablement inférieur à 5 %, comme Ronaldo. Pourtant, Benzema a préféré la France, où il s’acquitte de l’impôt sur les sociétés, au taux de 33,3 %.
Et sur des montants pas complètement négligeables, même à son échelle. (...)
Alors bien sûr, Benzema n’est pas parfait. S’il n’est plus sélectionné en équipe de France, c’est bien parce qu’il a été mis en examen dans l’affaire de la “sex-tape” de son ex-coéquipier Mathieu Valbuena, quelques années après avoir été mis en examen, puis relaxé, dans l’affaire Zahia.
Dans les documents Football Leaks, on se rend compte aussi qu’il connaît bien la justice espagnole : très larges excès de vitesse, conduite sans les permis adéquats, condamnation parce que son chien a mordu une femme… L’administration fiscale hispanique lui a même signifié qu’elle espérait taxer une partie des droits à l’image qu’il touche en France – le différend est toujours pendant entre les deux administrations.
En France, le fisc lui a également reproché d’avoir omis de déclarer des primes versées par l’équipe de France en 2011. Soit 196 326 euros, sur lesquels il aurait dû payer l’impôt sur le revenu. Benzema a plaidé l’ignorance : le chèque lui a été envoyé à son ancien domicile, ainsi que les courriers de l’administration fiscale. C’est donc de « bonne foi » que Benzema a « omis »de payer, ce que Bercy a finalement reconnu dans un courrier daté du 9 décembre 2014. (...)
Mediapart a sollicité Karim Benzema pour qu’il explique son choix de payer cet impôt en France. Il nous a fait savoir par son agent qu’il ne souhaitait pas commenter, car tout ce qu’il dirait « serait de toute façon mal interprété ». Le pire est qu’il a sûrement raison. (...)
De nouveau sollicité par des confrères mercredi soir après son match de Ligue des chamions contre Dortmund, Benzema a cependant accepté de répondre à des confrères : « Il faut payer des impôts. On me demande de payer des impôts, je les paye c’est tout. Après ce n’est pas un exploit. Je vois qu’ils ont parlé de ça partout. Moi je me concentre sur le foot. Je paye mes impôts. Tranquille. »