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Karine Lejeune : “A la première claque, c’est déjà trop tard !”
Article mis en ligne le 21 janvier 2019
dernière modification le 17 janvier 2019

Karine Lejeune est colonelle de gendarmerie, elle a acquis une belle réputation dans les milieux féministes avec son travail sur les violences faites aux femmes. Les femmes victimes de violences ne doivent plus être invisibles, pour elle l’égalité doit être pensée à tous les niveaux. Son parcours est exemplaire n’hésitant pas à faire tomber les barrières entre les associations et son institution. Elle est à l’origine de changements importants au sein des gendarmeries sur le traitement du viol, des violences conjugales extraconjugales, et de la prostitution. Elle a récemment pris le commandement du groupement de gendarmerie de l’Essonne

Comment, jeune officière, avez-vous été amenée à vous intéresser aux violences faites aux femmes ?

En 2005, alors que j’étais en poste dans l’Essonne, j’ai reçu un appel : “félicitations vous quittez la compagnie un an avant la fin de votre mission en Essonne et vous partez au ministère de l’Intérieur dans une structure d’aide aux victimes qui va être créée“. En réalité cet appel téléphonique était dû au fait qu’il existait, à la préfecture de l’Essonne depuis la fin des années 90, une commission départementale de lutte contre les violences faites aux femmes, pilotée par la chargée de mission aux droits des femmes. Tous les deux mois, environ, il y avait une réunion à la préfecture. Ainsi, le commandant de groupement très heureux d’avoir un personnel féminin m’avait dit : “super vous irez aux réunions à la préfecture”, je lui ai demandé pourquoi moi et il a répondu : “parce que vous êtes une femme, c’est bon une femme qui s’occupe des violences faites aux femmes !”
Donc j’y suis allée sans aucun à priori et sans aucune connaissance de la problématique des violences faites aux femmes. J’avais été très préservée dans mon milieu familial. Ma mère m’avait expliqué : “à la première claque tu t’en vas.” Quelques années plus tard je lui ai expliqué : “à la première claque c’est déjà trop tard !” (...)

Nous avons fait un module sur les violences sexuelles avec Emmanuelle Piet, un module sur les violences conjugales avec Marie-France Casalis, un module sur la psychologie avec la prise en charge des victimes mené par Gérard Lopez, et un module sur la politique pénale avec le magistrat d’Évry. Nous avons aussi travaillé sur la prostitution et je pense que c’était quelqu’un du Mouvement du Nid qui était venu.

Nous avons formé une trentaine de gendarmes, un.e par brigade et pelotons de surveillance et d’intervention (PSIG) qui repartaient avec de la documentation, une fiche « réflexe », charge à elle/lui ensuite de relayer la bonne parole auprès de ses camarades dans le cadre de l’instruction qui se fait au niveau des brigades. C’est à partir de là que j’ai véritablement commencé à travailler sur le sujet. Cela a tellement bien marché qu’en 2004, le commandant de région, qui avait changé depuis mes débuts, m’a dit qu’il souhaitait que cette initiative s’étende dans toute la Grande Couronne. C’est ainsi que les référent.es violences conjugales de l’Essonne ont été établi.es au niveau de la Seine-et-Marne, du Val-d’Oise et des Yvelines.

Comment, à partir de ce très bon départ, cette démarche s’est-elle généralisée ? (...)

Quelle a été votre action au sein de cette structure ?

À la délégation d’aide aux victimes, mon binôme, Maryvonne Chapalain était, à l’époque, la grande spécialiste des violences faites aux femmes pour la préfecture de police de Paris. Nous avions la même vision des choses, des caractères très semblables et nous avons œuvré pendant quatre ans ensemble. Notre binôme a sorti la première grande étude sur le sujet en 2006. (...)