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L’Argentine, future usine à cochons de la Chine ?
Article mis en ligne le 14 janvier 2021

L’installation de fermes-usines porcines destinées à l’exportation vers la Chine fait craindre aux écologistes et aux populations des territoires concernés des conséquences néfastes, allant de la déforestation au risque d’émergence de nouvelles épidémies.

Connue de par le monde comme le pays de la viande rouge, l’Argentine va-t-elle troquer le bœuf pour le cochon ? Certainement pas dans les assiettes de ses citoyens. Car le projet d’installation de « mégagranges » (fermes-usines) de production porcine, qui fait actuellement débat dans le pays austral, sera destiné à exporter la viande directement en Chine.

Premier producteur et premier consommateur mondial de viande porcine, le géant asiatique a vu sa production baisser de 12 à 8 millions de tonnes, sous l’effet de la peste porcine africaine qui s’y est répandue en 2018. Sa population de 1,4 milliard d’habitants a besoin de cette denrée, qui représente 70 % de ses protéines d’origine carnée. Une occasion pour les pays en développement, comme l’Argentine. (...)

Déjà critiques envers le modèle d’élevage intensif pratiqué dans les feed-lots — les parcs industriels d’engraissement des bovins —, les écologistes argentins sont en alerte face à ce projet de production de produits carnés en partenariat avec la République populaire de Chine.

Actuellement quatorzième producteur mondial, selon le classement d’Indexmundi, l’Argentine atteindrait avec cet accord porcin le top dix. Car il s’agirait d’augmenter le stock de 300.000 bêtes en quatre ans, sur la base de l’installation de vingt-cinq unités d’une douzaine de milliers de truies chacune. L’augmentation de la production augmenterait de près de 900.000 tonnes. (...)

De quoi réactiver les sempiternels débats sur le conflit entre enjeux économiques et impératifs écologiques.
« Le contexte de la pandémie de Covid-19 a contribué à l’ampleur de cette mobilisation, car la sensibilité sociale est à fleur de peau » (...)

L’inquiétude de la société civile a été portée jusqu’au palais présidentiel, où l’actrice Liz Solari et le président de l’Union végane argentine, Manuel Martí, ont posé avec le président de la République, Alberto Fernández. Sur cette photo prise mi-décembre, une urne évoque le demi-million de personnes ayant signé la pétition contre les fermes-usines de porcs chinois. Un slogan sans équivoque y est inscrit : « Non à l’accord porcin avec la Chine. » (...)

La veille sociale semble se cristalliser sur les potentielles zoonoses, ces maladies et infections transmises entre les animaux et les humains. (...)

Le gouvernement argentin n’a cependant pas fait machine arrière, signifiant par l’intermédiaire de plusieurs ministres que les négociations se poursuivaient. (...)

La communication du gouvernement péroniste au pouvoir montre sans pudeur ses bons rapports avec la Chine, pays connu pour ses méthodes de production peu respectueuses de l’environnement. (...)

Les incertitudes qui pèsent sur la taille de ces exploitations alimentent les craintes des écologistes. La presse argentine parlait d’abord de fermes de 100.000 truies par « grange », avant que ne soient avancés les chiffres de 10.000 ou 12.000. « Même avec 12.000 truies par unité, il est évident que leur installation aura un effet sur la population et l’environnement », affirme le biologiste Guillermo Folguera. (...)

Une préoccupation majeure est le potentiel épidémique de ces installations. (...)