Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
« L’État diminue les aides à l’isolation thermique, c’est aberrant »
Article mis en ligne le 7 mars 2022

Édouard Barthès est le président de Symbiote. Ce syndicat des professionnels de la rénovation énergétique assure représenter « plus de 250 entreprises » spécialisées en diagnostic énergétique, fourniture de matériaux ou chantiers de rénovation énergétique.

Avant, on faisait 100 000 chantiers par mois en isolation de combles tandis qu’aujourd’hui, on en fait péniblement 8 000 : le nombre de chantiers a été divisé par dix. (...)

Comment est-on arrivé à cette situation ?

Les évolutions réglementaires qui ont amené une diminution drastique des carnets de commandes. Vous avez toujours eu deux aides : les Certificats d’économie d’énergie, et depuis deux ans MaPrimeRénov. Ces deux aides étaient complémentaires de façon à ce que les bénéficiaires aient le minimum à payer de leur poche. Mais leur montant a diminué, ce qui a considérablement freiné le nombre de personnes engageant des travaux.

Il y a beaucoup moins d’aides pour l’isolation des combles, des planchers, des murs. Vous aviez à peu près 100 euros d’aides par mètre carré il y a deux ans pour faire une isolation de mur ; aujourd’hui, c’est 40. La puissance publique a arrêté brutalement [mi-2021] le dispositif Coup de pouce, qui permettait l’isolation de combles ou de planchers à 1 euro.

Il y a aussi beaucoup moins d’aides sur les chaudières, et 40 % d’aides en moins sur la rénovation globale, qui consiste à améliorer à la fois l’isolation et le chauffage. Le gouvernement avait pourtant dit aux entreprises que c’était l’avenir, afin de réaliser des rénovations plus efficaces, ce que chacun peut comprendre.

Au final, on a des entreprises qui sont perdues et des clients qui refusent les prestations parce que le reste à charge [ce qu’ils doivent payer de leur poche en plus des aides attribuées pour les travaux] est beaucoup trop élevé. (...)

On s’interroge sur la pertinence de ces politiques publiques. Pour économiser de l’énergie, le premier acte aujourd’hui, c’est d’isoler ! Cela ne sert à rien de changer votre système de chauffage si vous avez un logement mal isolé. Diminuer voire supprimer les aides à l’isolation, c’est aberrant, surtout quand le coût de l’énergie est plus haut que jamais. Et le pire est qu’il reste des aides pour le chauffage : on incite les bénéficiaires à changer leur système de chauffage sans forcément isoler les maisons. Cela n’a plus de sens. (...)

Le choix a été de faire plus de chantiers, en donnant moins d’aides à chacun. Sauf que comme il y a moins d’aides, il y a plus de reste à charge à payer par le client, qui ne veut pas signer le devis. Aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment de particuliers qui veulent investir dans des travaux de rénovation. On demande le maintien d’un niveau d’aide minimum, notamment sur l’isolation, pour que les gens aient envie de passer à l’acte. (...)

Il y a une difficulté d’approvisionnement et une augmentation du coût des matériaux. Tout devient compliqué ! (...)

quand vous êtes face à un client, il vous dit : « Attendez, avec ce qu’il me reste à payer en plus des aides, et le coût de mon énergie qui explose, je n’ai pas l’argent pour financer cela. » Les gens n’ont pas l’argent, ou ont d’autres priorités. Ces travaux ne font pas rêver. (...)

On ne remet pas en cause les choix du gouvernement. Mais ce dont souffre la filière, c’est les à-coups, les changements de règles tous les six mois. On a besoin d’une stabilité réglementaire. On était en train de construire une filière de rénovation énergétique avec de la qualité, des contrôles. Du jour au lendemain, on vient mettre à mal ces entreprises. Si vous souhaitez massifier la rénovation énergétique mais que vous n’avez plus les entreprises pour le faire, il va y avoir un sacré problème.