Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Agence Média Palestine
L’hydro-apartheid israélien maintient la Cisjordanie assoiffée
Article mis en ligne le 11 août 2016
dernière modification le 8 août 2016

Les pénuries d’eau ne sont pas un fait nouveau pour les Palestiniens. Que ce soit dans la Bande de Gaza ou en Cisjordanie occupées, y compris à Jérusalem Est, la fourniture d’eau dans les foyers palestiniens est sévèrement plafonnée et entravée.

Alors que la température monte en été, les robinets sont à sec. Clemens Messerschmid, hydrologue allemand qui a travaillé pendant vingt ans avec les Palestiniens sur leur alimentation en eau, appelle cette situation « hydro-apartheid ».

Cette année, la journaliste israélienne Amira Hass a publié des données qui prouvent que l’Autorité israélienne de l’Eau a réduit la quantité d’eau fournie aux villages de Cisjordanie.

Dans certains endroits, l’alimentation en eau a été brutalement réduite de moitié. Ses comptes rendus contredisent les démentis officiels comme quoi l’alimentation en eau des villes et villages palestiniens est coupée en été, même si cela non plus n’est pas nouveau.

Des villes et des villages ont passé jusqu’à 40 jours sans eau courante cet été, obligeant ceux qui pouvaient se le permettre à faire venir des citernes.

Quand Israël a occupé la Cisjordanie en 1967, il a aussi pris le contrôle de l’aquifère de la montagne en Cisjordanie, principale réserve naturelle d’eau du territoire.

Les accords d’Oslo au début des années 1990 ont donné à Israël 80 pour cent des réserves de l’aquifère. Les Palestiniens étaient supposés obtenir les 20 pour cent restants, mais ces dernières années, ils n’ont pu avoir accès qu’à 14 pour cent, conséquence des restrictions israéliennes sur leurs forages.

Pour faire face aux besoins minimum de la population, l’Autorité Palestinienne est obligée d’acheter le reste de l’eau à Israël. Mais même ainsi, ce n’est pas suffisant. (...)

il n’y a pas de pénurie d’eau en Cisjordanie. Ce dont nous souffrons, c’est d’une pénurie induite – cela s’appelle l’occupation. C’est le régime imposé aux Palestiniens immédiatement après la guerre de juin 1967. Israël gouverne via des ordonnances militaires, dont le résultat direct et intentionnel est de maintenir les Palestiniens à court d’eau. Il ne s’agit pas d’une dépossession graduelle continue comme avec la terre et les colonies, mais ce fut réalisé d’un seul coup en août 1967 par l’Ordonnance Militaire N° 92.

La Cisjordanie possède une ample nappe phréatique. La pluviosité est élevée à Salfit, au nord de la Cisjordanie, maintenant connue pour ses sévères coupures d’eau.

La Cisjordanie a la grande chance de posséder un trésor : sa nappe phréatique. Mais c’est aussi sa malédiction, parce qu’Israël l’a immédiatement ciblée après avoir pris le contrôle. (...)

Israël veut en fin de compte obtenir le prix le plus haut pour l’eau désalinisée qu’il vend aux Palestiniens. Tandis que nous parlons simplement de quelques centaines de millions de shekels par an [quelques dizaines de millions de dollars] – ce qui n’est pas grand-chose pour Israël – Israël veut mettre fin une bonne fois pour toutes au débat sur les droits à l’eau des Palestiniens.

Israël n’exige rien si ce n’est une reddition totale : les Palestiniens devraient accepter que l’eau qui est sous leurs pieds ne leur appartienne pas, mais appartienne pour toujours à l’occupant.

En exigeant des prix élevés pour l’eau désalinisée, les Palestiniens admettraient et accepteraient une nouvelle formule. (...)

contrairement à la Cisjordanie, Gaza n’a aucune possibilité physique d’accéder à l’eau. La Bande confinée et densément peuplée ne peut jamais s’auto-approvisionner. Pourtant, Gaza ne bénéficie pas de telles livraisons d’eau par Israël. Ce n’est que récemment qu’Israël a commencé à vendre à Gaza les cinq millions de mètres cubes d’eau par an décidés à Oslo. Une minuscule augmentation cosmétique a été décrétée. (...)

Ce dont on avait besoin alors et maintenant – et tout le monde le savait – c’était d’une pression politique pour arracher le minimum de permis de forage de puits garanti par les accords palestino-israéliens. Cette pression n’est jamais venue. Et ni l’UE, ni mon gouvernement allemand n’ont émis ne serait-ce qu’un communiqué public dans lequel ils auraient « déploré » ou « regretté » les obstructions dans le secteur de l’eau. C’est un véritable scandale.

Mais pire encore, quelle fut notre réponse occidentale ? Tous les projets financés par des donateurs ont en réalité abandonné la branche vitale de forage de puits. Le dernier puits financé par l’Allemagne a été foré en 1999.

Quant à l’actuelle soi-disant crise de l’eau, nous, en tant que donateurs, nous occupons maintenant à financer généreusement la livraison d’anachroniques citernes d’eau aux villes et cités palestiniennes victimes de coupures – nous adaptant et stabilisant le statu quo de l’occupation et de l’apartheid de l’eau.