L’exposition universelle de Dubaï ouvrira le 1er octobre aux Émirats arabes unis. Mais la mansuétude dont le pays a longtemps bénéficié est en train de s’estomper. Ses violations des droits humains, son utilisation de l’espionnage contre ses opposants, y compris à l’étranger, et ses interventions militaires suscitent de plus en plus de critiques.
Au cours des deux dernières décennies, les Émirats arabes unis (EAU), aidés par certaines des plus grandes sociétés de conseil et d’affaires publiques au monde, ont mené l’une des campagnes de relations publiques les plus réussies, si ce n’est la plus réussie du Proche-Orient. Cette campagne s’est appuyée sur des initiatives technologiques et économiques de pointe, une politique étrangère audacieuse et affirmée, soutenue par la puissance financière et militaire des EAU, un certain degré de diversification économique par rapport au pétrole, des politiques socialement libérales qui en font la destination attractive pour les jeunes Arabes et les expatriés non arabes, l’adoption de valeurs de tolérance religieuse et le positionnement en tant que point de transit essentiel des efforts d’aide humanitaire mondiaux. (...)
Longtemps, cette image de marque a permis de détourner les critiques concernant le bilan terni des Émirats en matière de droits humains, la surveillance intrusive des voix dissidentes, des journalistes, des universitaires et des militants émiratis et non émiratis aux Émirats et ailleurs, les critiques concernant le soutien apporté aux milices en Libye et au Yémen et aux sociétés militaires privées russes en Libye, et la volonté d’encourager l’islamophobie en faisant pression en Europe en faveur d’une répression de l’islam politique non violent.
Cependant, une série d’échecs au cours des dernières semaines fait planer le spectre de l’effritement de la campagne de plusieurs millions de dollars menée par les EAU depuis des décennies (...)
le Parlement européen, qui compte 705 membres, a voté au début du mois de septembre 2021, par 383 voix contre 47, une résolution exhortant les États membres de l’Union européenne (UE) et les sponsors internationaux potentiels à boycotter l’Expo 2020 de Dubaï, qui s’ouvre le 1er octobre, « afin de signaler leur désapprobation des violations des droits humains dans les Émirats arabes unis ». La résolution non contraignante demande également la libération immédiate des militants émiratis emprisonnés Ahmed Mansour, Mohamed Al-Roken et Nasser Ben Ghaith. Elle note en outre que les Émirats violent les droits des femmes, des travailleurs étrangers et des prisonniers, malgré des progrès significatifs, du moins en ce qui concerne les droits des femmes.