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« LIGUE DU LOL » : LES LAMPISTES PAIENT
Article mis en ligne le 23 février 2019
dernière modification le 22 février 2019

La ligue du LOL a amplifié sur la Toile le sort réservé aux femmes dans les médias. Repentance plusieurs années après. La tolérance au sexisme reculera-t-elle ?

Presque dix ans après, certains d’entre eux regrettent et sont sanctionnés par leurs chefs. Ce sont des lampistes qui paient, condamnés par les dirigeants de ces mêmes médias qui infusent ou laissent prospérer une culture sexiste dans le contenu des journaux qu’ils dirigent et au sein des rédactions. De nombreuses études montrent en effet que les femmes sont sous-représentées et stéréotypées dans le contenu de l’information et les femmes journalistes très peu nombreuses à la tête des journaux influents.

Entre mecs !

Les jeux de pouvoir qui se trament aujourd’hui dans cette affaire restent d’ailleurs en boys-club. Les femmes dénoncent, accusent libèrent la parole. Mais elles sont du côté des victimes, pas du côté du pouvoir. (...)

Réaction tardive et partielle

Pourquoi avoir tant attendu pour dénoncer cette violence misogyne ? Pourquoi le fait d’avoir si peu de femmes dans les équipe de direction ne pose aucun problème à ces journaux ? Peut-être est-ce parce qu’une certaine forme de misogynie fait partie de l’air que l’on respire dans beaucoup de journaux. Dans les journaux à la papa, comme dans tous les lieux de pouvoir, l’entre soi masculin se protège à coup de sexisme ordinaire. Le mauvais traitement des femmes est rendu invisible par l’habitude. … Mais avant internet, cela se passait dans le huis clos des rédactions.

Le monde du journalisme n’a pas attendu la ligue du LOL. Les auteures de « Dites-le avec des femmes, le sexisme ordinaire dans les médias » publié en 1999, avaient très bien montré comment les femmes sont écartées de la table du pouvoir et renvoyées à leurs rôles traditionnels par ceux qui fabriquent l’information. Et ceci, autant dans le contenu de l’information qu’au sein des rédactions. Ignorer les compétences professionnelles des femmes journalistes, ne parler d’elles et avec elles que sur le mode beau cul / pas beau cul, les suspecter de coucher pour réussir … Difficile pour les femmes journalistes de s’imposer hors protectorat masculin. (...)

Le journalisme est le quatrième pouvoir et les hommes de pouvoir ne veulent pas partager avec les femmes. Plus un journal a d’influence sur l’opinion, plus ses dirigeants jouent l’entre soi masculin. La hiérarchie de l’information qu’ils imposent, les choix éditoriaux qu’ils font, impactent l’opinion. Les Inrocks ont fait passer pour un héros Bertrand Cantat, le meurtrier de Marie Trintignant, en lui offrant leur Une en 2010. Ils ont été critiqués pour cela et ne pouvaient pas ignorer l’impact de l’honneur fait à cet homme sur les violences faites aux femmes. Eh bien ils ont recommencé en 2017 et ont nié le fait que faire d’un meurtrier un héros pouvait avoir des conséquences le niveau de tolérance à ces violences . Ces violences sont nourrie par l’euphémisation, par les médias, des meurtres grimés en « crimes passionnels ». « Les mots tuent » explique Sophie Gourion

Est-ce que virer quelques Loleurs par-ci par-la changera les choix éditoriaux des Inrocks et consorts ? Cela fait des années que l’Association des femmes journalistes puis Prenons la Une militent pour des enseignements sur l’égalité des sexes dans les écoles de journalisme, sans succès. (...)

Le président de la conférence des écoles y voyait une « atteinte à la liberté ». Liberté de qui ? Liberté des dominants ? Liberté des harceleurs ?
Il semblerait que quelques écoles veuillent désormais dispenser des cours autour des questions d’égalité des sexes mais ce n’est pas encore généralisé.

Aujourd’hui, dans ces journaux, des résistants de la dernière heure font payer les lampistes du Lol lâchés sur la Toile sans filet de protection. Mais le problème du sexisme des médias est bien plus profond.