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Non-Fiction
La démocratie peut-elle mourir de ses excès ?
Article mis en ligne le 3 mai 2014
dernière modification le 27 avril 2014

Dans un livre important, Dominique Schnapper, dans la filiation de Montesquieu, se penche sur les dévoiements de la dynamique démocratique et le risque de voir remettre en question les principes qui la fondent. Un diagnostic inquiet mais nécessaire, d’autant que l’avenir n’est pas écrit.

C’est, comme l’indique suffisamment le titre de l’ouvrage, de la pensée de Montesquieu que se revendique cette forte réflexion sur la démocratie. Elle se situe également dans la filiation de Tocqueville qui, devant le caractère inéluctable du processus de démocratisation, se propose de le comprendre. Ces deux auteurs sont évidemment souvent cités par Dominique Schnapper. Mais il en est un autre qui ne l’est pas et qui me semble parfaitement rendre compte du projet de l’auteur (projet que seul un lecteur pressé considérerait comme réactionnaire) : il s’agit de Spinoza qui, dans son Ethique, écrivait : "Je veux donc revenir à ceux qui préfèrent haïr ou railler les sentiments et les actions des hommes plutôt que de les comprendre". Ni rire, ni pleurer, mais comprendre, c’est très exactement ce qu’accomplit, livre après livre, D. Schnapper, et c’est pourquoi sa pensée nous est si précieuse.

Le propos est certes un peu plus sombre que dans ses réflexions antérieures, mais l’inquiétude est à la mesure de l’attachement à la démocratie. Car il faut une bonne dose d’aveuglement pour ne pas percevoir que les dévoiements de celle-ci sont de nature à miner les principes qui la fondent. La "tentation de l’illimité", c’est-à-dire ce mouvement inassouvissable de maîtrise de la nature, naît en effet de la corruption de l’exigence citoyenne d’autonomie en refus, pour l’individu contemporain, de toute dépendance. (...)

L’autonomie n’est pas l’indépendance

C’est une erreur majeure, sur laquelle Alain Renaut avait, en 1989 , attiré l’attention, que de ne pas voir que l’autonomie implique la dépendance à l’égard de normes et de lois, certes librement consenties, et non l’autosuffisance. Ce point est crucial car, autorisant la distinction entre le citoyen et l’individu, il enracine l’ethos démocratique dans l’anti-atomisme. (...)