(...) Compte tenu de l’importance de la thématique du maintien de l’ordre et de ses implications sur le terrain des libertés de manifestation et d’expression collective, mais également au vu du « réveil » du débat public - certes focalisé sur l’article 24 de la proposition de loi relative à la sécurité globale - autour de la problématique des violences policières, nous avons fait le choix d’essayer de prendre du temps de réflexion pour produire une analyse détaillée, que vous pourrez trouver ici, sur ce sujet du maintien de l’ordre « à la française ».
La mécanique répressive du maintien de l’ordre est bien installée : réponse proportionnée aux troubles, modération fondée sur l’auto-contrainte, choix du refoulement plutôt que de l’affrontement ne sont plus les principes directeurs de la police des foules déployée ces dernières années.
Les sources de ce maintien de l’ordre brutalisant - plus de mutilations de manifestants depuis 2019 que sur les vingts dernières années selon les experts de l’ONU - peuvent être identifiées à deux niveaux notamment : le sur-armement des forces du maintien de l’ordre d’une part et la consolidation d’une doctrine du contact voire de l’affrontement d’autre part. Ces dispositifs, qui font de la France une exception par rapport aux Etats voisins, sont fondés sur un constat erroné, nourri d’un discours politique selon lequel l’intensité de l’engagement des forces de maintien de l’ordre serait justifiée par l’intensité croissante de la violence des protestataires, qu’aucune statistique ou travail universitaire ne vient étayer.
Par ailleurs, la philosophie dominante a conduit à modifier les priorités que se donne l’Etat : il ne faut pas seulement rétablir l’ordre mais surtout punir - ou plutôt prévenir par la sanction - le désordre, d’où une judiciarisation saisissante du maintien de l’ordre qui se dédouble, en pénétrant l’amont et le cœur de la manifestation, quitte à déployer un droit pénal putatif, à bien des égards dessiné par une législation anti-terroriste multi-facettes. (...)
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– le communiqué de presse du Syndicat de la Magistrature
Manifestement la proposition de loi déposée par des députés de la majorité en janvier dernier, centrée sur la police municipale et la sécurité privée et reprenant plusieurs propositions du rapport Thourot-Fauvergue, n’était pas assez musclée, ou liberticide selon, pour voir l’ancien patron du RAID, Jean-Michel Fauvergue, et d’autres tenants de la surenchère sécuritaire jouer les apprentis sorciers et ainsi proposer une nouvelle version de ce texte intitulé « sécurité globale », qui n’a rien à envier aux meilleures dystopies.
Nous ne rêvons pas, non. Nous vivons bien ces dernières semaines un cauchemar qui ne nous préserve pas de l’effroyable fuite en avant normative des autorités. En cette période troublée et endeuillée, qui exigerait des décideurs publics un sang froid démocratique sans faille, l’Etat de droit est décidément attaqué de toute part par des pyromanes en responsabilité : de la volonté de modification de la Constitution pour contrer « ces pseudo-défenses des libertés individuelles », à la revendication d’un « Guantanamo à la française », en passant par des demandes d’« exonération des lois de la paix » ou « d’une législation de guerre ». Sous état d’urgence terroriste et sanitaire quasi-permanent et alors que les équilibres des lois fondatrices de 1905 (du 9 décembre concernant la séparation des Eglises et de l’Etat) et de 1881 (du 29 juillet sur la liberté de la presse) sont menacés, la majorité parlementaire se plaît - sans consulter la CNIL - à déposer cet énième texte, lequel a pour finalités essentielles d’accroître la surveillance de masse et les pouvoirs des polices locale et privée, au nom du « continuum de la sécurité », doctrine qui a démontré depuis plus de vingt ans qu’elle ne produisait ni cogestion entre les polices, ni proximité avec la population mais répondait au besoin d’extension d’un marché privé de la sécurité très lucratif. (...)
Peu de temps après ce tweet, le journaliste Thomas Clerget a lui-même été interpellé. Il passe la nuit en garde à vue. https://t.co/WbLU7sg3zv
— Sylvain Ernault (@SylvainErnault) December 12, 2020
Pouvez-vous expliquer l’interpellation de cette femme @prefpolice ? https://t.co/W7FmBqkK8K
— Marc Endeweld (@marcendeweld) December 13, 2020
Sauf que le « factieux » « très violent » dont vous parlez ici n’est autre qu’un avocat, interpellé sans motif et relâché quelques heures plus tard.
Votre tweet n’est que la preuve que, sur ordre de la @prefpolice, les forces de l’ordre ont chargé indistinctement la foule. https://t.co/mzR0nNbGh6
— Antton Rouget (@AnttonRouget) December 13, 2020