Depuis 2012, le Parti socialiste ne cesse de se désintégrer, miné par les haines internes. Dans ce cinquième volet, nos journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme abordent la stratégie masquée d’Emmanuel Macron pour se débarrasser de François Hollande et parvenir au pouvoir.
12 novembre 2015, une note confidentielle atterrit sur le bureau de François Hollande. Elle est signée de son fidèle conseiller spécial Bernard Poignant. Intitulée « Le cas Macron », elle dit ceci, à propos du jeune ministre de l’économie : « On le verrait bien en 2020 ou 2021 à la tête d’une grande collectivité française. (…) Il ne faut ni gâcher le potentiel d’Emmanuel Macron ni le décourager à poursuivre son chemin politique. » Seul commentaire en retour du chef de l’Etat, griffonné sur la note : « Garde cela pour toi. » Hollande entend conserver son protégé « au chaud » le plus longtemps possible, persuadé qu’il lui sera d’un grand secours pour se faire réélire en 2017. Mais Macron a d’autres projets… Voici donc le récit d’une trahison personnelle, soigneusement planifiée depuis des années.
Courant 2004, l’homme d’affaires Alain Minc reçoit, comme il en a l’habitude, les inspecteurs des finances les plus brillants tout juste sortis de l’ENA. Dans son bureau, il pose à chacun la question rituelle. « Je leur demande toujours : “Qu’est-ce que vous serez dans trente ans ?” », confie Minc. Il n’a jamais oublié la réponse de l’impétueux diplômé Emmanuel Macron : « Je serai président de la République. » Minc est scotché par l’aplomb du blanc-bec. « Je lui ai conseillé d’aller chez Rothschild, relate-t-il. Je lui ai dit : “Pour faire de la politique, il faut avoir un peu d’argent de côté.” Le seul endroit où on peut gagner de l’argent, c’est la banque d’affaires. » (...)