La justice britannique a validé ce lundi l’accord controversé signé par Londres avec Kigali en avril dernier. Les demandeurs d’asile arrivés illégalement au Royaume-Uni seront donc envoyés au Rwanda. Co-coordinatrice du réseau Migreurop, Brigitte Espuche explique comment le Royaume-Uni et l’Europe en sont arrivés là et pointe les conséquences d’une telle politique de « marchandage ».
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) s’en était mêlée et avait empêché, in extremis, le tout premier avion de décoller en juin dernier, avec à son bord les premiers cobayes de la sous-traitance de l’asile par le Royaume-Uni. Lundi 19 décembre, la Haute Cour de Londres en a décidé autrement, validant l’accord signé entre Londres et Kigali, en avril, visant à expédier les demandeurs d’asile arrivés de manière irrégulière au Royaume-Uni au Rwanda. Pour elle, cet accord ne contrevient pas aux dispositions de la convention de Genève relative aux réfugié·es.
La Cour a ainsi conclu qu’il était « légal » pour le Royaume-Uni « de mettre en place des dispositions pour envoyer des demandeurs d’asile au Rwanda et que leur demande d’asile soit examinée au Rwanda plutôt qu’au Royaume-Uni », peut-on lire dans un résumé publié sur le site de la Haute Cour. Celle-ci a jugé que des précautions avaient été prises pour que les demandes soient traitées « correctement » au Rwanda, mais précise toutefois que le ministère de l’intérieur britannique devra étudier la situation particulière de chaque demandeur d’asile avant de déterminer où la demande doit être examinée.
Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais, a salué une décision « positive » et affirmé que ce dernier était prêt « à offrir aux demandeurs d’asile et aux migrants l’occasion de bâtir une nouvelle vie au Rwanda ». Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) prend acte de cette décision, mais rappelle ses « préoccupations de longue date sur l’externalisation des demandes d’asile », estimant que l’accord contrevient aux obligations internationales du Royaume-Uni. « Ce n’est qu’un premier jugement. Nous restons opposés à cette politique et fermes quant à l’idée qu’aucun être humain ne doit être expulsé de force », a réagi Care4Calais, l’une des associations ayant porté ce recours en justice. (...)