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Lutte des classes
La mise sous influence (sur les cabinets de conseil)
Article mis en ligne le 2 avril 2022

L’affaire McKinsey a relancé le débat sur le recours aux cabinets de conseils et ses effets sur l’action publique. Une bonne manière de réfléchir aux pistes de solutions pour sortir de cette ornière.

Le président-candidat qui entendait échapper à la campagne et enjamber les scrutins (présidentiel et législatifs) se retrouvent rattrapé par une réalité qu’il comptait bien mettre sous le tapis. L’incendie déclaré au sein de sa campagne est si puissant que deux ministres se sont présentés en conférence de presse pour tenter de l’éteindre, sans grand succès.

Effectivement, que ça soit Emmanuel Macron ou les personnes qu’il a missionnées pour venir défendre ce bilan, à chaque fois elles tapent magistralement à côté de la cible en se contentant de marteler qu’il existe un code de la commande publique et qu’il n’y a donc eu aucun favoritisme à l’égard d’un ou de plusieurs cabinets. En agissant de la sorte, en judiciarisant le débat, le monarque présidentiel et ses défenseurs n’essayent ni plus ni moins que de dépolitiser la situation, un peu comme s’il ne s’agissait que de savoir si la loi avait été respectée. En réalité, et la question ne se pose pas que sous le quinquennat Macron, le recours à ces cabinets de conseil pour orienter les politiques publiques est l’une des dynamiques qui sont montées en puissance avec l’apparition du New Public Management, bras armé du néolibéralisme. (...)

Si dans l’affaire actuelle, il s’agit de l’État et de ses administrations qui sont pointées du doigt, une bonne part des prestations de conseil au secteur public concerne les collectivités territoriales – nous y reviendrons. Dans le cas de l’État et de ses administrations, le recours aux cabinets de conseils est assurément bien plus dérangeant encore dans la mesure où elles disposent en principe des personnels et des compétences en interne pour répondre aux enjeux pour lesquels ces entreprises externes sont sollicitées. (...)

La plupart du temps, comme l’a très bien démontré le Collectif Nos Services Publics dans sa note sur l’externalisation au sein du secteur public, le recours à de telles prestations revient in fine plus cher que de travailler en interne, d’autant plus pour les services de l’État (...)

le recours aux cabinets de conseil est pervers à bien des égards : il agit comme une privatisation latente de l’action publique, les décisions étant quasiment remises dans les mains des consultants, il dépossède complètement l’administration de ses qualités dans la mesure où dans bien des cas le recours aux consultants est simplement une manière de faire valider des décisions déjà prises en internes mais qui ne sont pas suivies par les décisionnaires. Plus encore, notamment à l’échelon étatique, le recours à ces entreprises agit comme une sorte de prophétie autoréalisatrice : utiliser l’argent public – donc les impôts qui ne servent alors pas au développement des services publics – pour expliquer à quel point l’action publique coûte cher et qu’en conséquence il faut encore plus baisser les services publics, voilà un cercle vicieux extrêmement cynique auquel ont recours tous les tenants du néolibéralisme dans ce pays.
Les conflits d’intérêts

Tout cela est renforcé par un élément qui est rarement mis en avant lorsque le sujet est abordé, la potentialité de conflits d’intérêts pour les cabinets de conseil. Il ne s’agit pas ici de parler de conflits d’intérêts au sens juridique du terme mais dans un sens bien plus littéral (...)

Remettre l’action publique et donc ce qui influence concrètement la vie des citoyens dans les mains de cabinets de conseil souvent peu scrupuleux est loin d’être une fatalité. S’émanciper de ces acteurs est à la fois une impérieuse nécessité démocratique et un moyen de cesser de dilapider de l’argent public. Argent public qui pourrait alors être utilisé pour améliorer les services publics. (...)