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le courrier international
La novlangue de Marine Le Pen
Article mis en ligne le 24 octobre 2013
dernière modification le 23 octobre 2013

Celle qui se moque du “politiquement correct des bobos de gauche” tente de normaliser son parti via le vocabulaire.

Nous vivons des temps étonnants. Le candidat UDC [Union démocratique du centre, droite populiste, premier parti de Suisse] au Conseil d’Etat Yves Nidegger propose de créer une enclave suisse au Maroc pour y envoyer les vieux Genevois désargentés.

Marine Le Pen interdit aux journalistes d’indiquer que son parti d’extrême droite est d’extrême droite. Ces énormités n’empêchent nullement l’UDC en Suisse et le Front national en France de prospérer électoralement. Et ce sont ces partis, extrémistes quoi qu’ils en disent, qui taxent les autres d’irréalisme ! (...)

De la part de Marine Le Pen, le seul fait de vouloir traîner en justice les journalistes plaçant son mouvement à l’extrême droite signe son extrémisme. Il en serait de même si Mélenchon et son Front de gauche annonçaient des poursuites contre ceux qui les rangeraient à l’extrême gauche. Les extrémistes, d’où qu’ils viennent, ne supportent pas que l’on donne d’eux une autre image que celle diffusée par leur propagande… C’est même à cela qu’on les reconnaît.

En prônant le référendum pour la peine de mort, le repli de son pays à l’intérieur de ses frontières, en faisant des immigrés les boucs émissaires de la crise économique, le Front national se place sur une ligne politique qui a toujours été celle de l’extrême droite, de tout temps et en tout lieu.

En revanche, il serait tout à fait erroné de prétendre que Marine Le Pen ou Christoph Blocher [patron de l’UDC] sont fascistes. Contrairement aux mouvements fascistes ou nazis, le Front national et l’UDC acceptent pleinement le jeu démocratique et n’organisent pas de milices destinées à prendre le pouvoir par la force.

L’extrême droite ne se résume pas au fascisme. Elle est formée de plusieurs courants distincts les uns des autres : royaliste (en France, bien sûr), intégriste chrétien, conservateur radical, républicain nationaliste entre autres. Certains d’entre eux se réclament du racisme mais d’autres ne sauraient y être associés. Ces composantes diverses ont pour dénominateur commun le “nationalisme intégral”, formule chère à Charles Maurras, le penseur royaliste qui fut l’intellectuel majeur de ces droites extrêmes au début du XXe siècle. (...)