En guise d’appel au rassemblement du 10 avril contre l’homophobie, Parvis de l’Hotel de Ville à Paris, nous republions ces réflexions de Louis-Georges Tin, extraites de l’indispensable Dictionnaire de l’homophobie qu’il a coordonné en 2003.
Elles constituent une très utile synthèse sur un discours qui, loin d’avoir disparu, ne cesse de se reconstruire à mesure qu’il est déconstruit, réfuté et délégitimé – un discours en fait qui, comme le discours raciste, devient de plus en plus bavard et teigneux, dans la mesure justement où ses préceptes ne vont plus sans dire... et qui vient nourrir et légitimer les actes de violence. Comme il s’agit de le rappeler en effet mercredi, l’homophobie tue. La lesbophobie, la biphobie et la transphobie aussi. Réclamons l’égalité maintenant ! (...)
Mais qu’est-ce donc que ce discours homophobe ? À vrai dire, c’est un objet étrange et difficile à circonscrire. En effet, il ne constitue pas un corpus linguistique stable que parlerait un groupe social plus ou moins identifié, comme le sont par exemple le discours chrétien, le discours marxiste ou le discours psychanalytique, qui ont leur rhétorique propre, leur doctrine officielle, leurs textes de référence et leurs porte-parole patentés. Il est plutôt un ensemble de bribes éparses, de phrases et de formules tout à fait hétérogènes, prononcées ici et là, dans tous les milieux, par-delà tous les clivages, par tout le monde en général et personne en particulier, et parfois même, sans y penser, par des personnes qui, au fond, ne sont pas homophobes, ou ne pensent pas l’être. (...)